Beyrouth bouclée à double tour par l'armée

LIBAN A la veille du scrutin présidentiel, l'armée craint des débordements...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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L'élection d'un nouveau président libanais a été reportée pour la quatrième fois et fixée à vendredi, dernier jour du délai constitutionnel pour la tenue de cette échéance menacée d'échec.
L'élection d'un nouveau président libanais a été reportée pour la quatrième fois et fixée à vendredi, dernier jour du délai constitutionnel pour la tenue de cette échéance menacée d'échec. — Joseph Barrak AFP
A la veille de l’élection présidentielle au Liban, les barrages militaires se sont multipliés dans les rues désertes de Beyrouth. Alors que les députés sont censés élire vendredi le successeur au président pro-syrien Emile Lahoud, la majorité parlementaire et l’opposition n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un candidat de consensus.

Le risque d’implosion grandit d’heure en heure, aussi le commandant en chef de l’armée libanaise Michel Sleimane – un présidentiable parmi d’autres – a-t-il pris de mesures de sécurité drastiques. «Nos concitoyens nous appellent à sauvegarder leur sécurité et la stabilité du Liban. […] La patrie est en jeu et vous êtes les protecteurs de la nation», a-t-il lancé aux soldats lors d’un discours mardi dernier. Dans ce contexte très tendu, l’armée libanaise – qui affiche sa neutralité – apparaît comme le dernier garant de la paix civile dans le cas où le pays se réveillerait samedi matin sans président, ou avec un président n’ayant pas reçu l’approbation de toutes les parties en présence.

10.000 soldats dans la capitale et alentours

Sur le terrain, le niveau d’alerte est maximal. L’armée – épaulée par d’autres services sécuritaires – a déployé 10.000 hommes dans la capitale et ses alentours. Une force d’intervention rapide, composée de trois bataillons dont une unité de commandos spéciaux, est sur le pied de guerre. Des mesures d’exception ont été prises pour sécuriser tout le centre-ville, où se situent le Parlement, l’hôtel Phoenicia (dans lequel sont retranchés depuis fin septembre 40 députés de la majorité) et le Grand sérail (siège du gouvernement). Mais c’est aussi dans le centre-ville que l’opposition maintient depuis le 1er décembre 2006 un vaste sit-in permanent. Par ailleurs, en début de semaine, Elias el-Murr, le ministre de la Défense, a publié un arrêté suspendant les permis de port d’armes accordés aux particuliers.

Mais aujourd’hui, l’armée libanaise, dont les capacités de dissuasion restent limitées, a-t-elle véritablement les moyens de maintenir le calme dans l’éventualité d’émeutes populaires? Depuis la fin de la guerre contre Israël en 2006 et son retour au Sud-Liban, et plus encore avec le conflit contre les islamistes du Fatah al-Islam à Nahr el-Bared, elle a certes gagné en crédit. Mais Washington a surtout largement contribué au renouvellement de ses équipements en armes et en transports de troupes. Toutefois, il reste peu probable que, face à un arsenal tel que celui du Hezbollah par exemple, elle puisse faire le poids.
Appel

La majorité parlementaire libanaise anti-syrienne a appelé jeudi soir tous les députés à se rendre vendredi au Parlement pour participer à la séance consacrée à l'élection d'un nouveau chef de l'Etat, à quelques heures de la fin du mandat du président sortant.