Trump président: Des employés rebelles de Facebook s’interrogent sur le rôle des fausses informations

PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE Des employés de Facebook veulent lutter (en secret, pour commencer) contre la diffusion de fausses informations sur le réseau social, sous le feu des critiques depuis l'élection de Donald Trump...

Laure Cometti

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Mark Zuckerberg, patron de Facebook, le 30 avril 2014 à San Francisco.
Mark Zuckerberg, patron de Facebook, le 30 avril 2014 à San Francisco. — Ben Margot/AP/SIPA

Une mutinerie serait-elle en train de se préparer chez l’un des géants de la Silicon Valley ? Selon le site Buzzfeed un groupe d’employés de Facebook a formé une équipe informelle après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’objectif : « s’interroger sur le rôle joué par leur entreprise dans la diffusion de fausses informations » pendant la campagne, comme le confient, sous couvert d’anonymat, plusieurs employés du réseau social qui revendique plus de 1,7 milliard d’utilisateurs, dont 150 millions aux Etats-Unis (sur une population totale de 319 millions d’habitants), où plus de 51 % des Américains utilisent les réseaux sociaux pour s’informer (selon une étude Nieman Lab).

Fausses infos et « bulles filtrantes »

Pourquoi l’entreprise basée à Palo Alto est-elle dans la tourmente ? Depuis les résultats de la présidentielle, Facebook est pris à partie par des internautes, des personnalités politiques (dont Barack Obama), des médias et des chercheurs. « Facebook a laissé tomber l’Amérique », écrit Mashable  (qui appelle à «tuer» le feed) au sujet du géant du Web considéré comme l’un des fleurons de la Silicon Valley.

En résumé, trois reproches différents sont faits au réseau social créé en 2004 par Mark Zuckerberg :

  1. laisser circuler de fausses informations
  2. renforcer le « biais de confirmation » de chaque utilisateur
  3. choisir de façon partiale les contenus inclus dans les « Trending topics »

 

En ce qui concerne le premier reproche, Mark Zuckerberg a réagi en affirmant que « sur tous les contenus publiés sur Facebook, nous estimons à plus de 99 % le pourcentage de contenus authentiques » - un taux toutefois impossible à vérifier. Le fondateur du réseau social a également estimé lors d’une conférence que « l’idée que les fausses nouvelles publiées sur Facebook aient pu influencer l’élection est une idée totalement folle ».

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Un groupe secret d’employés rebelles chez Facebook

« Ce n’est pas une idée folle », réplique un employé de la division ingénieurs de Facebook cité par Buzzfeed. « Ce qui est fou c’est de négliger cet argument, alors qu’il sait, et nous qui travaillons dans cette entreprise savons, qu’un flot de fausses nouvelles s’est déversé sur notre plateforme pendant toute la campagne ». « Plusieurs douzaines » d’employés seraient impliquées dans ce groupe de réflexion qui s’est réuni deux fois en six jours, en secret.

Des révélations qui en disent long sur l’état de fébrilité de Facebook, en dépit de la sérénité affichée par son fondateur. Ces employés rebelles estiment que si la plateforme est capable de censurer les images de nudité ou les contenus pédopornographiques, elle devrait en faire de même avec les contenus comportant de fausses informations. Cela exigerait d'important moyens humains et un contrôle déontologique permanent, qui ne fait pas partie, selon Mark Zuckerberg, de la vocation de Facebook, qui «n’est pas un média».

Un outil anti-hoax testé puis… abandonné

Facebook en aurait les moyens techniques, si l’on en croit des sources citées par le site Gizmodo. Une fonctionnalité permettant de repérer les fausses informations et de les supprimer du « news feed » aurait été testée en 2016 par Facebook, sans succès. Cet outil aurait eu un « impact disproportionné » sur les pages politiquement ancrées à droite. « Ils avaient peur d’énerver les conservateurs après Trending topics », estime un employé.

L’affaire « trending topics » a été révélée en mai 2016, lorsque d’anciens employés ont révélé que les contenus placés dans cette catégorie (censée rassembler les contenus les plus populaires) étaient sélectionnés par des employés, de façon parfois arbitraire, avec un biais politique plutôt démocrate (aux Etats-Unis). Depuis, ces « sélectionneurs humains » ont été remplacés par un algorithme. Un outil utilisé également pour personnaliser le « feed » de chaque utilisateur de Facebook, ce qui génère des « bulles filtrantes », accusées d’avoir renforcé les électeurs dans leurs convictions.

Même si l’élection de Donald Trump soulève de nombreuses questions dans la Silicon Valley, Facebook ne remettra probablement pas en cause ces «bulles» selon Thierry Venin, chercheur au CNRS et à l’université de Pau. « C’est le cœur de son modèle commercial, l’objectif c’est de faire du big data, du trafic, dans une logique publicitaire ». Or les contenus simples et partisans génèrent plus d’audience et d’engagement. D'où le malaise qui touche le réseau social, bouc émissaire de cette élection, alors que la démobilisation d'une partie de l'électorat démocrate a pesé sur l'issue du scrutin.