Manif contre Trump à New York : « Nous devons l’empêcher de s’installer »

ETATS-UNIS Des dizaines de milliers de personnes ont marché à New York contre le nouveau président. Du jamais vu…

Marie Le Blé

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Manifestation anti -Trump à New York, le 12 novembre 2016
Manifestation anti -Trump à New York, le 12 novembre 2016 — Mary Altaffer/AP/SIPA

De notre correspondante à New York

De mémoire de New-Yorkaise, Diana n’avait pas vu pareil chambardement dans sa ville depuis bien longtemps. Coincée contre les barrières délimitant strictement le carré des protestataires, cette retraitée de 67 ans, qui a consacré sa vie à organiser l’accueil de réfugiés sur le sol américain, n’oubliera pas de sitôt sa journée du 12 novembre. Et la déferlante anti-Trump qui s’est abattue sur la ville.

Manifestation anti - Trump à New York, le 12 novembre 2016
Manifestation anti - Trump à New York, le 12 novembre 2016 - Marie Le Blé / 20 minutes

 

« Normalement, ce genre de manifestation n’est pas facile à organiser, s’étonne cette démocrate de toujours. C’est très encadré : regardez toutes ces forces de police avec leurs menottes, prêtes à servir. » Mais c’était sans compter sur les réseaux sociaux qui se sont enflammés à l’annonce du résultat des élections, à commencer par Facebook où des groupes de ralliement se sont aussitôt formés. « Nous n’avons pas d’organisateurs particuliers, explique Cassandra, étudiante en droit. Un lieu est fixé spontanément et tout le monde se rejoint. »

Les boutiques de luxe fermées sur la Ve Avenue

Résultat, les luxueuses boutiques de la Ve Avenue ont dû fermer leurs portes sur une distance de vingt blocs, en vue du passage d’une éventuelle vague humaine, laquelle serait, cette fois, tenue éloignée de la Trump’s Tower, également bouclée pour la journée.

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C’est à midi, d’Union Square, à plusieurs miles du point de chute, que le coup de sifflet a été donné. Des milliers de personnes, en ce quatrième jour de protestation, ont lentement afflué, des pancartes à la main jusqu’à former une masse compacte considérable. « J’avais prévu de faire mon shopping, les fêtes approchent, sourit Anna, architecte de 42 ans, ses deux ados trépignant à ses côtés, mais j’ai préféré être ici avec mes enfants. C’est important. »

Un hélicoptère survole la manifestation contre Trump, à New York, le 12 novembre 2016
Un hélicoptère survole la manifestation contre Trump, à New York, le 12 novembre 2016 - Marie Le Blé / 20 minutes

 

Les mines sont animées, bien que peu rieuses et les slogans tonitruants : « Mon corps, c’est mon droit », « Pour le racisme et le sexisme, c’est non ! » « Trump, c’est à toi d’être expulsé ! » Un hélico tourne au-dessus des têtes, la police veille en masse, ses hommes eux-mêmes étonnés d’une telle participation. « J’ai voté Trump car il est pour nous, indique Ronaldo, de parents portoricains. Je voulais du changement mais j’avoue que je n’ai jamais vu ça. »

« On parle de 52 000 participants »

A l’arrivée, on est bien loin du millier de protestataires de la veille à Washington Square Park. « On parle de 52 000 participants », bondit Franck devant ses amis éberlués. La police avance, de son côté, le chiffre de 25 000. Alors que le 45e président des Etats-Unis serait occupé à constituer ses équipes, la date du 20 janvier, jour de son investiture, revient dans les discours improvisés. « Nous devons l’empêcher de s’installer, hurle Noah, rédacteur publicitaire, au milieu de la foule. Il nous reste du temps pour agir. »

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C’est en milieu de soirée que les forces de l’ordre dispersent les manifestants, dans le calme. Face à elles une petite voix s’élève. « Nous ne pouvons accepter cet homme à la tête du pays, s’égosille Alex. Il n’a aucune expérience en politique, nous devons le remplacer. » Les applaudissements fusent. Les protestataires s’interrogent : Alex n’a que 13 ans. « Nous avons beaucoup parlé », lance, derrière lui, sa maman, Karin.

Rendez-vous est déjà repris et cette fois, mardi, à Wall Street.