Présidentielle américaine: Élu, Donald Trump adoucit un peu son discours (et son programme)

ETATS-UNIS Trois jours après son élection, Donald Trump a accordé sa première interview vendredi au «Wall Street Journal»…

C.P. avec AFP

— 

Donald Trump et Barack Obama à la Maison Blanche, le 10 novembre 2016.
Donald Trump et Barack Obama à la Maison Blanche, le 10 novembre 2016. — P.MARTINEZ/A/SIPA

Alors que ses opposants continuent à battre le pavé dans les grandes villes américaines, Donald Trump dévoile progressivement les grandes lignes de sa future présidence. Et semble mettre un peu d’eau dans son vin.

>> A lire aussi : L'élection de Trump, c'est aussi la défaite d'Obama

L’Obamacare amendé et non abrogé ?

Dans un entretien au quotidien Wall Street Journal (WSJ), le futur 45e président des Etats-Unis n’a pas renié la violence de sa campagne mais appelé de ses voeux « un pays qui s’aime ». Parmi les signes d’apaisement, le magnat de l’immobilier a notamment indiqué au quotidien économique qu’il pourrait simplement « amender » la loi d’assurance-maladie surnommée Obamacare, qui a permis à 22 millions d’Américains d’avoir une assurance santé, et qu’il avait promis d’abroger pendant la campagne.

L’une des raisons de ce revirement, a expliqué Donald Trump au journal, est sa rencontre jeudi avec le président sortant Barack Obama, qui lui a suggéré de conserver plusieurs pans de l’Affordable Care Act : l’interdiction faite aux assureurs de refuser un patient en raison de son état de santé et la possibilité pour des parents de faire bénéficier plus longtemps leurs enfants (jusqu’à leurs 26 ans) de leur couverture santé. « J’aime beaucoup » ces deux dispositions, a-t-il avoué au WSJ.

« Je lui ai dit que j’étudierai ses suggestions et, par respect, je le ferai », a déclaré Donald Trump dans l’interview réalisée dans sa tour Trump à New York. La loi « Obamacare sera soit amendée, soit abrogée, soit remplacée », a-t-il encore dit.

>> A lire aussi : Dans l’équipe de transition de Donald Trump figurent…trois de ses enfants

« Appel charmant » d’Hillary

Vendredi, Barack Obama a une fois encore insisté sur la nécessité d’unir le pays, sorti de l’élection profondément divisé.

Comme pour faire écho à cette demande, Donald Trump n’a pas écarté la possibilité de demander conseil à l’ex-président Bill Clinton, après avoir reçu un appel « très aimable » de l’époux de sa rivale démocrate, lors d’un entretien avec la chaîne de télévision CBS.

Il s’est aussi montré dithyrambique à l’égard de sa rivale défaite, Hillary Clinton, qui lui a passé un « appel charmant » et qui est une femme « agréable » et « très intelligente ».

Interrogé par le WSJ sur ses intentions de demander effectivement une enquête sur l’affaire des e-mails de son adversaire démocrate, Donald Trump a botté en touche. « Ce n’est pas un point sur lequel j’ai beaucoup réfléchi, parce que je veux d’abord régler la couverture sociale, l’emploi, les contrôles aux frontières, et la réforme des impôts », a-t-il expliqué.

Feuille de route des premières semaines

Parmi les priorités des premières semaines de son mandant, figurent, ainsi outre la loi Obamacare, la baisse des impôts et assurer la sécurité des frontières contre la drogue et les immigrants clandestins, a indiqué au WSJ Donald Trump, qui peut s’appuyer sur un Congrès majoritairement républicain.

Parmi les premières mesures annoncées : la création de projets d’infrastructures à l’échelle du pays et l’amélioration des accords commerciaux internationaux. Il n’a pas toutefois précisé si la négociation du traité de libre-échange UE-Etats-Unis (TTIP-Tafta) était concernée.

Autre champ de bataille : « réduire la délocalisation » et « protéger des emplois américains » en imposant potentiellement des droits de douanes sur les produits des entreprises américaines qui sont installées à l’étranger.

Autre priorité : la déréglementation des institutions financières pour permettre aux « banques de prêter à nouveau »

Sur la politique étrangère, le nouveau président a reconnu avoir « une vue différente de beaucoup de gens sur la Syrie, suggérant qu’il fallait lutter davantage contre le groupe Etat islamique. A chercher à remplacer Bachar al-Assad (la position jusqu’ici de Barack Obama et François Hollande), « nous allons finir par combattre la Russie », alliée de Damas, a-t-il jugé.

Famille aux commandes

Donald Trump a aussi défini l’équipe de transition chargée de mettre sur pied, d’ici sa prise de fonction le 20 janvier, sa nouvelle administration. Elle sera dirigée par son vice-président élu, Mike Pence, et forte de soutiens indéfectibles : l’ex-maire de New York, Rudy Giuliani, l’ex-président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, un sénateur anti-immigration illégale, Jeff Sessions. S’y ajoutent Steve Bannon, directeur général de sa campagne, et le président du parti républicain, Reince Priebus.

Plus surprenant, trois enfants adultes de Donald Trump - Ivanka, Donald Jr et Eric - en feront aussi partie, ainsi que le mari d’Ivanka, Jared Kushner.

« La mission de notre équipe sera claire : assembler le groupe le plus hautement qualifié de responsables brillants, qui seront capables de mettre en oeuvre notre programme de changement à Washington », a expliqué Donald Trump dans un communiqué.

Beaucoup sur sa liste sont membres de l’establishment qu’il a tant décrié pendant sa campagne.

Depuis vendredi, le milliardaire populiste est enfermé dans sa tour Trump à New York, où il a ses bureaux et sa résidence. Il va y rester tout le week-end, a précisé sa porte-parole, Hope Hicks.

Après avoir parlé avec la Britannique Theresa May et l’Israélien Benjamin Netanyahu, le président-élu s’est entretenu avec le président français François Hollande notamment de Syrie et de climat.