Président et magnat de la finance, Donald Trump guetté par les conflits d’intérêt

ETATS-UNIS Milliardaire aux multiples investissements et désormais 45e président des Etats-Unis, Donald Trump va-t-il échapper aux conflits d'intérêt ?...

C.P.-R. avec AFP

— 

Donald Trump va-t-il mélanger politique et business personnel?
Donald Trump va-t-il mélanger politique et business personnel? — JIM WATSON/AFP

Un milliardaire à la Maison Blanche. Du jamais-vu. Pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis, le locataire du bureau ovale est aussi le patron d’un empirique économique estimé par le magazine Forbes à 3,7 milliards de dollars. Difficile de concilier ce statut d’entrepreneur fortuné avec une fonction présidentielle, sans prendre le risque de verser dans le conflit d’intérêts…

De quel empire parle-t-on lorsqu’on parle de l’empire Trump ?

Le magnat de l’immobilier occupe la 156e place du fameux classement annuel de Forbes. En tant qu’entrepreneur, le président fraîchement élu a fait fortune en bâtissant un vaste réseau d’hôtels et d’immeubles de luxe, avec la Trump Organization. Chapeautant ses activités, la holding Trump Organization reste entourée de mystère.

L’empire immobilier du président républicain est principalement implanté aux Etats-Unis, mais s’étend aussi à des pays alliés tels la Corée du Sud, la Turquie… avec lesquels l’administration Trump devrait continuer d’entretenir des liens diplomatiques… au risque d’alimenter un curieux mélange des genres.

« La difficulté, avec Donald Trump, c’est de savoir exactement dans le détail quelles sont ses affaires financières. Durant la campagne, il a quand même gardé une opacité stupéfiante sur le montant de ses impôts, il a refusé de publier sa déclaration de revenus, a joué de tous les artifices, certes légaux mais loin d’être moraux, pour éviter de les divulguer… », développe Dominique Simonnet, auteur avec Nicole Bacharan de Les secrets de la Maison Blanche et La Défaite des femmes.

Sur quels points peut-il y avoir conflit d’intérêts ?

La Trump Organization n’étant pas cotée en Bourse, de nombreuses activités restent par ailleurs dans l’ombre, et certains médias américains ont fait état de liens financiers étroits avec des proches du président russe Vladimir Poutine, dont le milliardaire new-yorkais a loué le leadership pendant sa campagne. « Que ce soit clair, j’ai zéro intérêt financier en Russie », s’était défendu celui qui était alors candidat républicain à la présidentielle, en juillet dernier.

« Le problème, c’est que Donald Trump est maintenant président et qu’il doit y avoir une cloison parfaitement étanche entre, d’un côté, l’intérêt public visant au bien commun que doit défendre un président, et de l’autre, les intérêts exclusivement privés. Il va devoir montrer qu’il fait le nécessaire sur ce point », estime Dominique Simonnet.

D’autant que les zones grises de la fortune Trump sont loin de se limiter à la Russie. Selon le Wall Street Journal, le 45e président des Etats-Unis a ainsi reçu, depuis 1998, pour 2,5 milliards de dollars de prêts de la Deutsche Bank pour financer ses activités économiques. Or la banque allemande, mise en cause aux Etats-Unis pour son rôle dans la crise financière de 2008, va bientôt se voir infliger une très lourde amende dont le montant est encore débattu à Washington. L’administration Trump décidera-t-elle d’avoir la main moins lourde en pensant aux intérêts du président ?

Que dit la loi américaine ?

Elle est très souple en la matière. Ainsi, aux Etats-Unis, le président ou le vice-président peuvent combiner leurs mandats avec des activités économiques, alors que les obligations pesant par exemple sur les membres non-élus de l’exécutif sont bien plus contraignantes.

La Constitution interdit à tout responsable politique d’accepter le moindre « émolument » d’une puissance étrangère, mais cette disposition n’interdit en rien d’entrer en affaires avec des partenaires privés à l’étranger.

Y a-t-il des précédents chez les présidents ? 

Certes, les accusations de conflits d’intérêt ne sont pas inédites aux Etats-Unis : l’administration Bush avait ainsi connu la tourmente après que le groupe pétrolier Halliburton a hérité de juteux contrats, en Irak, suite à l’invasion américaine de 2003. « Mais le cas de Trump est exceptionnel, c’est une véritable nouveauté », juge Dominique Simmonet, pointant le fait que Donald Trump a construit sa campagne sur « l’opacité et le mensonge ». Surtout, le président est particulièrement endetté : « On ne sait pas à qui il doit de l’argent, et devoir de l’argent est un lien financier bien plus significatif qu’un investissement », soutient Kathleen Clark, professeure de droit à la Washington University, à l’AFP. Le montant de ses dettes s’élèverait à 650 millions de dollars, selon le New York Times.

Quelle stratégie Donald Trump va-t-il adopter ?

A l’instar d’un autre chef d’Etat, Silvio Berlusconi, qui avait confié son empire audiovisuel à des membres de sa famille, le nouveau président des Etats-Unis a d’ores et déjà prévu de confier les rênes de sa fortune… à ses trois enfants, qui occupent les fonctions de vice-président de la Trump Organization.

Cette gestion prendra la forme d’une « blind trust », une structure financière indépendante le privant de tout droit de regard sur son groupe, mais cela suffira-t-il à écarter les soupçons de conflits d’intérêts ? « Nous ne discuterons pas de ces choses. […] Comme vous le savez, [président] est un job à plein-temps. Il n’a pas à se préoccuper de son entreprise », clamait en septembre l’un de ses fils, Donald Junior.