Election américaine 2016: Trump président, une catastrophe pour l'environnement?

ETATS-UNIS Le nouveau président américain est un climatosceptique notoire, un risque pour la planète?...

Oihana Gabriel

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Donald Trump est assez favorable au charbon comme source d'énergie.
Donald Trump est assez favorable au charbon comme source d'énergie. — Saul Loeb AFP

Un résultat qui fait tousser bien des ONG et autres défenseurs de l’environnement. Le nouveau président des Etats-Unis a multiplié les preuves pendant cette campagne que l’environnement était le cadet de ses soucis. L’élection de Donald Trump fait donc craindre un avenir bien gris pour le deuxième pays le plus pollueur du monde… et surtout la planète entière.

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Le réchauffement, un « canular des Chinois »

C’est simple, pour le nouveau président des Etats-Unis, le changement climatique n’existe pas. Les ouragans, inondations, vagues de froid et autres tsunamis ? Rien de nouveau sous le soleil, répondait le candidat : « Ça a toujours été comme ça, le temps change, il y a des tempêtes, de la pluie, et des belles journées. »

Voire pire : le changement climatique un « canular créé par et pour les Chinois afin de rendre l’industrie manufacturière américaine non compétitive », avait avancé le milliardaire en 2015.

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Se retirer de l’accord de Paris ?

S’il est hasardeux d’imaginer l’avenir de la planète sous l’ère Trump, on peut avancer que le nouveau président américain ne sera pas un militant vert… Il avait ainsi assuré pendant la campagne : « Je vais annuler l’accord de Paris sur le climat. ». Un accord entré en vigueur vendredi dernier.

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Mais Ségolène Royal se veut rassurante : non, Donald Trump ne pourra décider seul de quitter l’accord. « L’accord de Paris dit lui-même que pendant trois ans on ne peut pas en sortir », a expliqué la ministre de l’Environnement au micro de RTL.

Mais selon le conseiller énergie de Trump,interrogé le 25 octobre en Virginie, le président a déjà bâti une stratégie : il devrait présenter le texte de l’accord au Sénat. Qui ne le ratifierait pas. Et Trump pourrait alors annoncer que les États-Unis se retirent du processus.

Mais pour Nicholas Dungan, directeur de recherche à l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS), il n’aura même pas à se donner cette peine. « L’accord de Paris n’est pas un traité, rappelle ce spécialiste des Etats-Unis. Il n’a ni valeur juridique, ni sanction. Donald Trump n’a pas besoin d’y renoncer, il suffit de ne pas respecter ses engagements. » Une mauvaise nouvelle, donc, pour tous ceux qui voyaient dans cet accord de Paris une avancée.

Développer les énergies fossiles

Business avant santé. En janvier dernier, Trump affirmait même vouloir supprimer les subventions données à l’agence de protection de l’environnement américaine (EPA), une structure indépendante qui vise à étudier et protéger la nature et la santé des citoyens des États-Unis. Avec pour argument, à nouveau, que cette structure agit comme « un obstacle à la croissance et à l’emploi ».

Logiquement, il n’a pas à cœur de limiter charbon pour développer l’éolien. Pétrole, charbon sont ses marottes. Mais surtout le gaz de schiste, pourtant assez polémique. Il veut lever les restrictions à la production d’énergies fossiles et relancer le projet d’oléoduc Keystone XL.

Même si le nouveua Président n’exclut pas de s’intéresser à la pollution. « La propreté de l’air est un problème pressant. On veut un air et une eau propres. C’est très important pour moi », estimait-il fin 2015. Selon Le Figaro, il pourrait même développer les énergies renouvelables comme « l’éolien et le solaire », même si ce serait à côté des énergies fossiles.

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Vraiment tout puissant ?

Nicholas Dungan, spécialiste des Etats-Unis, met en garde : « Certes, Trump n’est pas le choix des pro-environnement. Mais entre ce qu’il a dit pendant la campagne et ce qu’il va faire, il peut y avoir d’immenses différences. D’autant qu’il n’a jamais gouverné quoi que ce soit, si ce n’est son business. C’est trop tôt pour savoir s’il sera sensible aux opinions, aux pressions des autres pays. »

Certes, le président des Etats-Unis a un poids fondamental dans les décisions internationales sur le climat. Mais il devra composer avec la Chambre des représentants et le Sénat, où Républicains et Démocrates ne partagent pas forcément les idées de Trump. Mais également avec des entreprises qui ont déjà adopté des mesures pour limiter la pollution.

Ainsi, Achim Steiner, ex-directeur exécutif du Programme des Nations-Unies, rappelle dans le Sciences et Avenir : « L’économie mondiale a déjà commencé à évoluer vers un futur à bas carbone. Les marchés et les économies vont modérer les choix futurs de la politique américaine d’autant que les entreprises américaines et les investisseurs évaluent ce qui va continuer à rendre l’économie compétitive et investissent déjà dans des infrastructures à bas carbone ».

Et Pascal Canfin, directeur de WWF, nuance la portée des décisions du nouveau président climatoseptique. Dans un billet sur LinkedIn, l’ancien ministre délégué au Développement explique que : « le débat climatique est très polarisé dans le pays entre par exemple des États pétroliers et charbonniers d’un côté et de l’autre la Californie, l’un des leaders mondiaux de la transition énergétique et de la jonction entre économie verte et économie digitale.

Par ailleurs, de nombreuses grandes villes américaines, de Seattle à New York ont pris des décisions positives sur le climat et peuvent les mettre en œuvre quel que soit le gouvernement fédéral. »