Trump président : Politiquement correct, vote « contrariant »… Pourquoi les sondages se sont plantés

ETATS-UNIS Tous les sondages le donnaient perdant, et pourtant Donald Trump a créé la surprise ce mercredi en étant élu 45e président des Etats-Unis…

Oihana Gabriel

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Donald Trump a été élu président des Etats-Unis contrairement à toutes les prévisions des sondages.
Donald Trump a été élu président des Etats-Unis contrairement à toutes les prévisions des sondages. — AFP

Elle avait entre 70 % et 99 % de chances de gagner l’élection présidentielle selon les instituts de sondage américains. Et pourtant, Hillary Clinton a dû reconnaître sa défaite ce mardi :  Donald Trump remporte l’élection présidentielle à la surprise générale. Un résultat qui doit laisser pantois tous les instituts de sondage.

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« Au cours du dernier mois, 322 sondages ont donné Hillary Clinton gagnante », rappelle le correspondant du Figaro à Washington, Philippe Gélie. Comment est-ce possible de se tromper à ce point ?

Les gens mentent ?

Ce n’est pas le premier raté monumental des projections. Il y a quelques mois seulement, en juin, presque tous les sondeurs annonçaient le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Résultat : les 52 % en faveur du maintien prévuse sont inversés en 52 % en faveur du Brexit.

Comment expliquer le décalage entre prédictions et réalité de la politique ? Les instituts de sondage n’ont sans doute pas pris la mesure de la volatilité de l’opinion. D’autant que le fonctionnement des élections américaines, aussi spécifique que compliqué, assure quelques surprises. Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS qui travaille au Cevipof, souligne que : « réaliser des sondages aux Etats-Unis est plus difficile qu’en France. Il y a une différence entre le pourcentage d’électeurs et celui des grands électeurs. C’est une mécanique à deux étages qui se complique encore avec le principe du "Winner takes all". »

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Autre explication du décalage : les électeurs démocrates, voyant les prévisions très optimistes pour Hillary Clinton, n’ont pas pris la peine de se déplacer.

Mais certains soutiens de Trump n’ont peut-être pas osé dire clairement leur opinion et attendu la solitude de l’isoloir pour clamer leur colère. Pour Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS en sciences de la communication : « Aujourd’hui dans un univers saturé d’informations, il y a une prime au politiquement correct qui pousse le peuple à se taire. On dit quelque chose et on fait autre chose. Les gens sont plus intelligents que les sondeurs et ne disent pas toujours la vérité. On dit d’ailleurs qu’ils votent avec leurs pieds. »

Un « vote contrariant »

Les statisticiens soulignent d’ailleurs une tendance récente : le vote « contrariant ». En clair, pour éviter une victoire attendue, les électeurs choisissent le candidat le moins favori. « Cette élection, c’est une manière de dire merde à la tyrannie des sondages », résume Dominique Wolton. Problème, pour le chercheur, ce décalage entre les sondages et la réalité devrait pousser les instituts à « refonder leur pratique. Malheureusement, il n’y a pas de remise en cause. Le modèle intellectuel du sondage, qui date des années 1930, est dépassé. Les instituts ont complété les études quantitatives par des statistiques qualitatives. Mais la certitude qu’on tire de ces chiffres est disproportionnée ! »

Mais, au-delà d’une simple erreur des sondeurs, cette élection de Trump à la tête des Etats-Unis alors que tous les médias étaient derrière Hillary Clinton souligne la déconnexion entre médias et peuple. Et même le désamour. Pendant toute la campagne, Donald Trump a d’ailleurs tapé sur ces médias pro-système. « Il est temps de rejeter les médias et l’élite politique qui a saigné à blanc notre pays », avait assuré Donald Trump ces derniers jours.

Dans l’émission L’Instant M, sur France inter, Laurence Haïm, envoyée spéciale d’iTélé, a raconté comment les journalistes n’ont plus la cote : « C’est incroyable de voir ce qui se passe sur cette campagne (…) Dans l’Amérique profonde, on se fait cracher dessus, il y a des gens qui nous disent que nous sommes tous malhonnêtes, que nous sommes des pourris. »

Rejet des élites

Ce rejet des élites, des médias, de l’establishment a certainement joué dans cette élection. « Il y a eu une arrogance des médias et des élites qui font partie des explications de cette victoire surprise. Les médias ont traité les arguments démagogiques de Donald Trump par le mépris au lieu d’y répondre. Or le sentiment de déclassement des Américains est réel et a joué dans ce repli égoïste et raciste. »

Et, pour le chercheur, il n’y a pas que les instituts de sondage qui devraient faire un examen de conscience. « Les médias, mais aussi les hommes politiques, s’appuient et relaient trop ces sondages. Attention que la colère contre les sondages ne joue pas contre les médias également en France….»