Présidentielle américaine: «Ce n’est pas juste un rejet de Clinton, il y a aussi une adhésion à Trump»

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, au sujet du résultat de l’élection présidentielle américaine…

Propos recueillis par Laure Cometti
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Des supporters de Donald Trump en Arizona, le 8 novembre 2016.
Des supporters de Donald Trump en Arizona, le 8 novembre 2016. — Laura Segall / AFP

Une claque. Alors que les sondages le donnaient largement battu par Hillary Clinton, Donald Trump a remporté l’ élection présidentielle aux Etats-Unis. 20 Minutes a interrogé, à chaud, Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Paris-Dauphine.

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Que s’est-il passé pendant cette nuit électorale ? Quelles sont les grosses surprises des résultats ?

Il y a eu beaucoup de surprises : Trump a gagné en Virginie, l’état de Tim Kaine, le vice-président de Clinton, où le milliardaire ne faisait plus campagne depuis un mois. Il l’a aussi emporté en Caroline du Nord et en Floride, la timbale électorale avec ses 29 grands électeurs. Les résultats sont très serrés dans 25 Etats, alors qu’on s’attendait à seulement 7 ou 8 Etats « too close to call ». C’est un ouragan Trump.

Comment expliquer que ni les sondages ni les médias n’ont vu venir ces résultats ?

Mea culpa : on a fait une erreur, on a pris nos désirs pour des réalités et on n’a pas su écouter les électeurs américains. On a souvent dit qu’ils étaient en colère, mais c’est de la désespérance. Ils nous disent : « je ne veux plus de la politique ». Ce n’est pas juste un rejet de l’establishment, mais de la politique. Et Donald Trump s’est placé dans une autre sphère que la politique. Sa force est là. On l’a pris pour un clown, mais on est formatés. Or aujourd'hui les électeurs sont plus informés, plus éduqués, mais nombre d'entre eux se détournent des médias mainstream et s'informent sur les médias alternatifs. Ils sont très informés, mais ce qu'ils disent aux politiques, c'est : «vous n'êtes pas informés de notre situation, nous voulons autre chose ».

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Ces résultats révèlent-ils un rejet d’Hillary Clinton ou une adhésion à Donald Trump ?

Ce n’est pas uniquement un rejet de Clinton. Ça en fait partie, mais c’est beaucoup plus complexe. Il y a aussi une adhésion à Trump. Quelques indicateurs le montrent : il a obtenu de bons scores auprès de l’électorat hispanique, à 27 % et afro-américain, qui pourrait dépasser 30 %. On s’attendait à des émeutes en cas de défaite de Trump. paradoxalement, la défaite de Clinton peut ramener la paix civile. Ses partisans à elle vont se résigner. Et on peut imaginer que Trump va être obligé de se poser en rassembleur pour gouverner, en tendant la main à des Républicains « mainstream », des personnes de la société civile.

Est-ce que cette élection américaine aura des conséquences chez nous ?

Après le Brexit, cette élection fait que dans la tête des électeurs, la victoire du « hors système », du « hors politique », devient possible. Et cela aura forcément des conséquences sur notre élection présidentielle en 2017.

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