Présidentielle américaine: Vous l'avez vu aux Etats-Unis, ça arrive chez nous

MIROIR La campagne présidentielle française de 2017 va-t-elle ressembler à la saga américaine, avec ses primaires, sa dose de «trumpisme», son lot d'outrances et de spectacle ?...

Laure Cometti

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Hillary Clinton et Donald Trump.
Hillary Clinton et Donald Trump. — AP/SIPA

Depuis plus d’un an, l’Hexagone scrute la campagne présidentielle américaine avec un mélange d’effroi, d’étonnement, de colère et de rire. Le spectacle est toujours meilleur lorsqu’il se joue à l’extérieur, mais il suscite aussi des craintes à moins de six mois de l’élection présidentielle française. Si la campagne américaine de 2016 était un miroir, nous renverrait-elle un reflet déformant ou ressemblant ? 20 Minutes a joué au jeu des sept différences.

Les primaires ? Déjà en France (avec de nettes différences)

Les primaires, qui font partie de la tradition politique américaine depuis le début du XIXe siècle, sont apparues récemment dans le calendrier électoral en France, avant l’élection présidentielle de 2012, avec le rituel des débats télévisés.

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Un débat télévisé en tre les candidats de la primaire républicaine, aux Etats-Unis, le 6 février 2016.
Un débat télévisé en tre les candidats de la primaire républicaine, aux Etats-Unis, le 6 février 2016. - David Goldman/AP/SIPA
Un débat télévisé entre les candidats de la primaire de la droite et du centre, en France, le 13 octobre 2016.
Un débat télévisé entre les candidats de la primaire de la droite et du centre, en France, le 13 octobre 2016. - RTL-GUIBBAUD CHRISTOPHE/RTL/SIPA

Mais nos primaires françaises n’ont adopté que le nom de leurs cousines américaines. « Ce sont deux types de primaires qui n’ont pas grand-chose à voir : en France, ce sont les partis qui contrôlent les règles des primaires, avec le système des parrainages notamment, et nous n’avons pas de caucus », insiste Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Panthéon-Assas. « Les primaires hexagonales n’ont qu’un habillage américain démocratique ». Autre différence de taille : « en France, il faut payer pour voter aux primaires, pas aux Etats-Unis ».

Si les primaires organisés par la droite puis la gauche en France ont peu de chances de ressembler à celles des partis démocrate et républicain aux Etats-Unis, c’est aussi grâce à (ou à cause de ?) deux garde-fous. « Il y a aux Etats-Unis une dérégulation financière et médiatique des campagnes politiques. Les campagnes peuvent être financées par des particuliers, des entreprises et les Super PAC. Depuis 1983, il n’y a plus de régulation du temps de parole », souligne Romain Huret, directeur d’études à l’EHESS. « La force des primaires américaines, c’est de faire émerger des candidats. En France, il s’agit plutôt de primaires de validation. »

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Un candidat issu de la téléréalité ? Pas pour demain

En 1981, l’ex acteur Ronald Reagan a fait entrer Hollywood à la Maison-Blanche. En 2016, Donald Trump a fait entrer la téléréalité dans la campagne présidentielle. Une telle candidature serait-elle possible en France ?

Pour Romain Huret, non, en vertu justement des régulations financières et médiatiques plus strictes dans l’Hexagone, qui « empêchent ce genre de candidature fantaisiste ». Le spécialiste des Etats-Unis pointe aussi le facteur « culturel » : « Les hommes d’affaires français n’ont pas forcément envie de faire de la politique. »

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La « peopolisation » de la classe politique ? Déjà en France 

L’arrivée sur nos écrans de l’émission Une Ambition intime, en octobre dernier, a relancé le débat sur la « peopolisation » des personnalités politiques. Dans ce programme, les candidat(e) s à la présidentielle 2017 sont interviewés par Karine Le Marchand, mais ils ne parlent (presque) jamais de sujets politiques. Ils se livrent plutôt sur leur enfance, leur vie de couple ou de famille. « On entre dans leur vie privée, c’est une mise en spectacle de la vie politique. Et cela fait désormais partie de l’environnement de vote », observe Jean-Eric Branaa.

Karine Le Marchand impose son style face à Alain Juppé dans «Une Ambition intime»
Karine Le Marchand impose son style face à Alain Juppé dans «Une Ambition intime» - PIERRE OLIVIER/M6
Hillary Clinton participe à un sketch avec une comédienne grimée en elle, dans l'émission
Hillary Clinton participe à un sketch avec une comédienne grimée en elle, dans l'émission - Dana Edelson/AP/SIPA

« Sur la forme, la politique français s’américanise à fond, avec le storytelling », abonde Romain Huret, qui rappelle que « dès les années 1980, Lionel Jospin chantait dans l’émission Carnaval » [ en 1984]. Rien de si nouveau, donc, même si aux Etats-Unis, il y a une certaine « décontraction culturelle ». « Aux Etats-Unis, ils vont beaucoup plus loin dans l’infotainment, confirme Jean-Eric Branaa. On imagine mal un politique tomber dans le grotesque ou l’autodérision en France, alors qu’aux Etats-Unis, un politique qui ne le ferait pas passerait pour arrogant ou hautain. »

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La « trumpisation » des débats politiques ? Ça se discute

La « trumpisation » est déjà devenue une insulte en vogue dans la classe politique. Après que le député Les Républicains Pierre Lellouche a proposé de destituer de François Hollande, le député socialiste Olivier Faure a dénoncé la « trumpisation progressive de la droite française ». Autre exemple : Damien Abad, porte-parole du candidat à la primaire de la droite Bruno Le Maire, résume le duel Sarkozy/Juppé à un « choix entre le sosie de Donald Trump et le faux frère de François Bayrou ». Le Premier ministre Manuel Valls avait déjà comparé l’ancien président à Donald Trump. Cette insulte n’est-elle qu’un gadget ou révèle-t-elle des points communs entre les discours politiques en France et ceux de Donald Trump ?

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« Donald Trump se présente comme le porte-voix d’une Amérique traditionnelle oubliée, il se dit hors-système, il est finalement candidat à une fonction dans laquelle il ne croit plus », résume Romain Huret au sujet du trumpisme. « Hors-système » : l’expression n’est pas étrangère aux oreilles des Français. « Le trumpisme surfe sur un rejet des élites médiatiques et politiques. La trumpisation joue sur cette défiance, elle est alimentée par la crise démocratique qui touche les Etats-Unis… et la France. », poursuit le chercheur. Pas impossible que la « trumpisation » débarque donc dans l’Hexagone. A moins que cela ne soit déjà le cas. « Nicolas Sarkozy a repris ce flambeau de la défiance envers les corps intermédiaires », estime Romain Huret. Pour Jean-Eric Branaa, la trumpisation « s’incarne dans de nombreuses personnalités politiques françaises ».

Une femme présidente ? Probablement pas en 2017

Autre différente de taille entre la campagne américaine et le scénario qui se profile en France. Il semble peu probable qu’une femme emporte l’une des primaires (c’est déjà raté du côté des écologistes) et par conséquent l’élection présidentielle d’avril 2017, alors qu’aux Etats-Unis Hillary Clinton a été la première femme investie par le parti démocrate.

« Les primaires sont très masculines en France. Le débat sur le harcèlement a fait pschitt, alors qu’aux Etats-Unis cela peut faire basculer une élection », compare Romain Huret. Seule NKM, participe à la primaire de la droite et du centre. Côté socialiste, seule Marie-Noëlle Lienemann s’est officiellement lancée dans la primaire.