Hugo Chavez n'a rien sur Ingrid Betancourt

Armelle Le Goff

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AFPTV/Pool TF1

La révolution bolivarienne ne souffre pas la contestation. Lors de la conférence de presse qu’il a donnée mardi midi à Paris, Hugo Chavez avait présélectionné les organes de presse autorisés à lui poser des questions. Parmi les heureux élus: L’Humanité, France 5, l’Agence de presse bolivarienne et Daniel Mermet de France Inter… Les autres, ordre leur était donné de se conformer à la consigne… ou de quitter les lieux.

Une fois ce cadre mis en place, le citoyen-président a pu se lancer dans un discours fleuve d’un peu plus d’une heure émaillée de digressions et de saillies devenues emblématiques du président vénézuélien. Les Etats-Unis y furent qualifiés d’«Empire» ou encore de «Dracula», accusés de vouloir «sucer» les réserves pétrolières du Venezuela et des autres pays producteurs de pétrole. Le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejed, à qui Chavez a rendu une visite éclair lundi avant de rejoindre Paris, s’est vu lui décerner le titre d’«ami fidèle». Quant au roi d’Espagne, qui, lors du dernier sommet Ibéro-américain de Santiago, avait enjoint le fougueux président vénézuélien de se taire en des termes peu diplomatiques -«Por que no te callas» (Pourquoi tu ne te tais pas, ndlr)- , il s’est vu une nouvelle fois demandé des excuses en bonne et due forme.

«Ouvrir le dialogue avec les Farc»

Mais la logorrhée de Chavez aura surtout permis de masquer le manque flagrant d’avancées concernant les otages de la guérilla colombienne des Farc, notamment la franco-colombienne Ingrid Betancourt. Médiateur dans ce dossier depuis trois mois, le président vénézuélien avait affirmé la semaine dernière qu’il ne viendrait pas à Paris «les mains vides». Mardi matin, il n’était pourtant pas en mesure de fournir la preuve de vie tant attendue par les proches de l’ancienne candidate à la présidentielle colombienne, enlevée en 2002. Il a néanmoins assuré que le chef de la guérilla, Manuel Marulanda s’était engagé par écrit à fournir une preuve «avant la fin de l’année».

Il a aussi affirmé être «prêt» à se rendre en Colombie pour négocier avec la guérilla des Farc si elle libérait d'abord «un groupe d'otages» : «Je suis prêt à aller chercher un premier groupe d'otages, et le deuxième pas serait que Chavez se rende (dans la jungle) pour ouvrir le dialogue avec les Farc », a déclaré le président vénézuélien, parlant de lui-même à la troisième personne.

Mais pour la famille Betancourt, la déception est vive. Fabrice Delloye, l’ex-mari d’Ingrid Betancourt n’a pas caché son inquiétude: «Pourquoi les Farc ne donnent pas ces preuves de vie alors qu’ils ont réussi à traverser la jungle pour se rendre à Caracas discuter avec Hugo Chavez?». Mélanie Betancourt, la fille aînée de l’otage, a, quant à elle, salué les efforts des présidents français et vénézuélien qui «veulent vraiment faire avancer les choses». La volonté oui, les moyens, cela reste à prouver.