Cinq questions pour comprendre la crise libanaise

DECRYPTAGE Le Liban après le nouveau report de la présidentielle...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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L'élection d'un nouveau président libanais a été reportée pour la quatrième fois et fixée à vendredi, dernier jour du délai constitutionnel pour la tenue de cette échéance menacée d'échec, a indiqué mardi un député.
L'élection d'un nouveau président libanais a été reportée pour la quatrième fois et fixée à vendredi, dernier jour du délai constitutionnel pour la tenue de cette échéance menacée d'échec, a indiqué mardi un député. — Joseph Barrak AFP

Mardi, l'élection présidentielle au Liban a de nouveau été reportée. Au risque du chaos, cinq questions pour comprendre la crise libanaise.

Pourquoi le Liban est-il de nouveau en crise?
En novembre 2006, les ministres chiites démissionnent du gouvernement de Fouad Siniora, formé après les législatives de 2005 et le retrait des troupes syriennes du Liban. Une opposition se forme alors autour du Hezbollah, du Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun et du mouvement Amal de Nabih Berri, le président du Parlement. Depuis un an, l’opposition considère le gouvernement comme «illégitime» car ne représentant plus l’ensemble toutes les communautés religieuses du pays, le système libanais reposant sur le consensus, et non sur une opposition droite-gauche comme en France. Elle réclame un gouvernement d’union nationale, avec un tiers de blocage. La majorité parlementaire, elle, considère le président pro-syrien Emile Lahoud, dont le mandat a été prorogé en 2004 par Damas, comme «illégitime». Aucune décision politique majeure n’a pu être prise en 12 mois, dans un pays exsangue après la guerre de juillet 2006 contre Israël.

Quel Président pour le Liban?
L’élection présidentielle doit porter un chrétien maronite à la magistrature suprême. Or les chrétiens du Liban sont profondément divisés. Côté majorité parlementaire (dite du 14 Mars), plusieurs candidats se sont déclarés comme Boutros Harb ou Nassib Lahoud. Côté opposition, seul Michel Aoun est officiellement candidat ; il considère être le seul à même de représenter tous les Libanais. Le 14 Mars refuse de laisser Aoun, allié au Hezbollah, devenir président. Au milieu de la mêlée se situe le patriarche Nasrallah Sfeir, plus haute autorité religieuse maronite, qui joue malgré lui un rôle politique prédominant. C’est lui qui, sous la pression de la France, a soumis samedi dernier une liste de candidats, apte à satisfaire les deux camps.

Quels sont les enjeux régionaux?
Depuis toujours, les différentes crises libanaises reflètent des luttes d’influences étrangères au Proche-Orient. D’un côté, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite soutiennent la majorité parlementaire. De l’autre, l’Iran et la Syrie, qui espère retrouver son influence au pays des cèdres, appuient le Hezbollah. A mi-chemin, la France et la Ligue arabe tentent de concilier les positions des deux camps.

Qu’essaie de faire la diplomatie française?
Si l’ère Chirac penchait invariablement du côté de la majorité de Fouad Siniora et de Saad Hariri, la nouvelle diplomatie française se veut plus pragmatique. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a effectué 6 voyages à Beyrouth depuis son arrivée au Quai d’Orsay, et restera au Liban jusqu’à la fin de la semaine. Kouchner fait actuellement le forcing pour concilier les positions de la majorité et de l’opposition. Mais de nouveaux blocages inattendus, lundi, ont compromis sa médiation.

Quels sont les risques pour le Liban?
Trois scénarii sont possibles.

  • La majorité passe en force et élit l’un de siens. Le président Lahoud a annoncé qu’il ne reconnaîtrait alors pas son successeur et nommerait un gouvernement parallèle. Le pays se retrouverait donc avec 2 présidents et 2 cabinets.
  • La majorité et l’opposition s’entendent sur un président de compromis. Dans ce cas, la crise actuelle pourrait prendre fin. Mais le nouveau président devra gérer des dossiers complexes, comme celui du désarmement du Hezbollah réclamé par les résolutions onusiennes. Or le Hezbollah n’agréera qu’un président n’ayant pas l’intention de le désarmer. Une nouvelle crise sera certainement à prévoir.
  • Le Parlement ne parvient pas à élire de président. Comme en 1988-1989 entre les mandats d’Amine Gemayel et de René Moawad, la présidence restera vacante. Un tel vide constitutionnel pourrait mener au chaos.