Première audience publique du tribunal des Khmers rouges

CAMBODGE Cinq responsables de l'ancien régime ultra-communiste doivent être jugés...

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Quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort sous le régime des Khmers rouges, qui a fait régner la terreur au Cambodge entre 1975 et 1979, vidant les villes au profit des campagnes, imposant le travail forcé et éliminant systématiquement tout opposant.
Quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort sous le régime des Khmers rouges, qui a fait régner la terreur au Cambodge entre 1975 et 1979, vidant les villes au profit des campagnes, imposant le travail forcé et éliminant systématiquement tout opposant. — Tang Chhin Sothy AFP

Le Cambodge a vécu une journée historique ce mardi. Le tribunal spécial qui doit juger à partir de 2008 des responsables de l'ancien régime ultra-communiste des Khmers rouges a organisé sa première audience publique mardi à Phnom Penh.

«Douch, c’est Douch»

«Cette première audience revêt une signification importante» alors que le pays ne s'est pas véritablement penché sur les atrocités commises il y a trente ans, a expliqué un porte-parole du tribunal, Reach Sambath. Les Nations unies et le Cambodge ont mis près d'une décennie avant de tomber d'accord sur les modalités de fonctionnement de ce tribunal chargé de juger les crimes les plus graves commis sous les Khmers rouges (1975-1979).

Au lendemain de l'arrestation de l'ancien chef de l'Etat Khieu Samphan, qui sera défendu par l'avocat français Jacques Vergès, la cour a fait comparaître le premier suspect, Kaing Guek Eav, alias «Douch». Agé de 65 ans, il avait dirigé le tristement célèbre centre d'interrogatoires de Tuol Sleng («S-21»). Dans cet ancien lycée de la capitale cambodgienne, plus de 16.000 hommes, femmes et enfants avaient été torturés et tués pendant que les Khmers rouges étaient au pouvoir et multipliaient les purges.

«Douch, c'est Douch», ont murmuré des villageois présents dans le complexe de la cour et qui regardaient sur un écran la retransmission en direct de l'audience. «Oh, il n'a pas changé», a déclaré un témoin de la scène, encore inimaginable l'année dernière.

Vêtu d'une chemisette blanche impeccablement repassée et l’air en bonne santé, l'ancien tortionnaire a fait appel de sa détention. «J'ai déjà été emprisonné sans jugement pendant huit ans, six mois et dix jours», a déclaré cet ancien professeur de mathématiques, devenu révolutionnaire zélé du régime de Pol Pot.

Suspects âgés de 75 à 82 ans

Les quatre autres suspects mis en examen pour «crimes contre l'humanité», âgés de 75 à 82 ans, sont Nuon Chea, ex-numéro deux des Khmers rouges, Ieng Sary, ex-ministre des Affaires étrangères, et son épouse Ieng Thirith, ex-ministre de l'Action sociale, et Khieu Samphan, l'ancien président. Ce dernier devrait plaider non coupable. Quant au numéro 1 de l'ancien régime, Pol Pot, il est mort en 1998 sans avoir été jugé.


Maoïsme et nationalisme
Quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort sous les Khmers rouges qui, au nom d'une idéologie mêlant maoïsme et nationalisme, ont fait régner la terreur au Cambodge, vidant les villes au profit des campagnes, imposant le travail forcé et éliminant systématiquement tout opposant.