Donald Trump président: Les trois dossiers qui ont plombé la campagne de Hillary Clinton

ETATS-UNIS La campagne de Hillary Clinton, parfois éclipsée en France par les outrances de son rival Trump, n’a pas été exempte de scandales…

Laure Cometti

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Hillary Clinton, le 2 novembre 2016 en Arizona.
Hillary Clinton, le 2 novembre 2016 en Arizona. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Donald Trump a été élu président des Etats-Unis, provoquant un séisme politique.   Hillary Clinton était pourtant donnée gagnante par les sondages et les médias. Mais sa campagne est loin d'avoir été réussie, La candidate démocrate a même été sérieusement plombée à plusieurs reprises par des scandales plus ou moins récents. 20 Minutes revient sur trois moments où l’ex-Première dame a été sérieusement mise en difficulté, au point d'être devancée par Donald Trump au compteur des grands électeurs ( à suivre en direct ici).

1. L’affaire des emails

Hillary Clinton, à l'époque où elle était secrétaire d'Etat des Etats-Unis, en 2011, à bord d'un avion militaire.
Hillary Clinton, à l'époque où elle était secrétaire d'Etat des Etats-Unis, en 2011, à bord d'un avion militaire. - Kevin Lamarque/AP/SIPA

Avant même qu’elle se lance officiellement dans la course à la primaire démocrate, le 12 avril 2015, l'« emailgate » était déjà très médiatisé. Cette affaire, liée à l’usage par l’ex-secrétaire d’Etat d’une messagerie privée, a été extrêmement médiatisée outre-Atlantique et a empoisonné sa campagne jusqu’à la fin, du fait des multiples annonces du FBI, en juillet 2016, puis à onze et deux jours du scrutin du 8 novembre.

« Je suis surpris par la façon dont la campagne est traitée aux Etats-Unis. Il y a beaucoup de focus, sur des points précis, qui n’auraient pas autant d’échos en France. L’affaire des emails de Hillary Clinton, par exemple… Tous les journaux ouvrent sur cette affaire, c’est assez dingue. Alors qu’en France, il y a des affaires, divers dossiers qui n’ont pas eu un tel impact », témoigne auprès de 20 Minutes Jean-Baptiste Boursier, journaliste à BFMTV et envoyé spécial aux Etats-Unis pour l’élection.

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2. L’ombre de Benghazi

Hillary Clinton a témoigné le 22 octobre 2016 comité sur Benghazi de la Chambre des Représentants, à Washington.
Hillary Clinton a témoigné le 22 octobre 2016 comité sur Benghazi de la Chambre des Représentants, à Washington. - Jeff Malet/NEWSCOM/SIPA

Une autre affaire datant de l’époque où elle était secrétaire d’Etat a plombé sa campagne, celle de l’attaque meurtrière de Benghazi, qui reste comme une tache indélébile dans sa carrière. En octobre 2015, six mois après avoir lancé sa campagne, Hillary Clinton a de nouveau témoigné devant la Chambre des représentants qui s’interroge sur les failles de sécurité et le fait que l’administration Obama a d’abord évoqué une émeute avant de qualifier l’attaque d’attentat. Pendant onze heures, elle a répondu aux questions d’un comité spécial, à majorité républicaine, lors d’une audience publique assez tendue.

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3. Les révélations de WikiLeaks

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange en visioconférence depuis Londres, le 4 octobre 2016, lors d'une conférence de presse à Berlin pour les 10 ans de la plateforme.
Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange en visioconférence depuis Londres, le 4 octobre 2016, lors d'une conférence de presse à Berlin pour les 10 ans de la plateforme. - Markus Schreiber/AP/SIPA

WikiLeaks a été la bête noire de la campagne démocrate. Le 22 juillet dernier, à trois jours de la convention démocrate, le site publie des emails échangés entre les cadres du parti. Leur contenu, qui dévoile notamment des tensions internes à l’égard de Bernie Sanders, ne change guère la donne, et Hillary Clinton est investie par le parti. Début octobre, pour les dix ans de WikiLeaks, son fondateur Julian Assange promet de nouvelles révélations « significatives » visant l’élection présidentielle américaine.

Dans la foulée, le site a publié les emails piratés sur le compte de John Podesta, président de la campagne de Clinton. On y découvre les discours plutôt conciliants (et bien payés) prononcés par la candidate devant des acteurs du monde de la finance. On y apprend aussi que Hillary Clinton a reçu en avance au moins une question qui lui a été posée lors de débats de la primaire démocrate. D’autres mails publiés fin octobre lèvent le voile sur d’éventuels conflits d’intérêts dans les activités des Clinton et de leur fondation.

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Quel impact sur la campagne de Hillary Clinton ?

Ces scandales ont évidemment nourri les critiques des pro-Trump. Selon James Cohen, professeur à l’Institut du monde anglophone à l’université Paris-III Sorbonne nouvelle, « ces affaires commencent à être connues du grand public. Beaucoup d’Américains reconnaissent qu’elle n’est pas la candidate idéale. Ses casseroles sont connues, et les mails de Podesta suggèrent des complicités et des alliances entre gouvernants et certains intérêts privés ou certains Etats étrangers. »

La cote de popularité de Hillary Clinton, qui avait déjà atteint un plancher fin août, a pâti de ces révélations, qui sont venues s'ajouter à une liste de scandales déjà longue (dont l’affaire Whitewater, quand Bill Clinton était gouverneur de l’Arkansas, le travelgate, quand il était président).

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Pourtant, « beaucoup d’électeurs se résignent à voter pour elle. C’est plutôt une chance pour elle d’être face à un adversaire comme Trump. Grâce aux excès du milliardaire, elle a de meilleures chances de remporter l’élection, qui risque toutefois d’être plus serrée qu’on pouvait l’imaginer il y a encore trois semaines », poursuit James Cohen. Selon une étude publiée fin septembre par Harvard Kennedy School, Donald Trump aurait été davantage médiatisé que sa rivale. « Les médias américains ont rapporté tout ce qu’il a dit et fait », confirme Rodney Benson, spécialiste des médias et professeur à la New York University, qui souligne que Hillary Clinton a aussi fait l’objet d’une couverture assez négative.

Jusqu'à ce jour, Hillary Clinton avait surmonté chaque affaire, bon gré, mal gré, en politisant notamment certaines attaques dont elle fait l’objet. Ainsi, un porte-parole de sa campagne a accusé WikiLeaks de faire la propagande du Kremlin. Cette fois, il semble que cela n'ait pas suffi pour les électeurs américains.