Présidentielle américaine: Un Donald Trump président, ça va donner quoi?

ETATS-UNIS « 20 Minutes » a exploré les conséquences de la victoire de Donald Trump lors du scrutin de ce 8 novembre 2016…

Laure Cometti

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Donald Trump lors d'un meeting dans l'Iowa, le 6 novembre 2016.
Donald Trump lors d'un meeting dans l'Iowa, le 6 novembre 2016. — Evan Vucci/AP/SIPA

On le disait incapable d’être investi par le Parti républicain, puis perdant d’avance face à Hillary Clinton dans la course à la Maison-Blanche. Au fil des mois de septembre et d’octobre, les sondages se sont resserrés, donnant Donald Trump et sa rivale au coude à coude… Pour finir sur une victoire du candidat républicain l’élection présidentielle. Le milliardaire de 70 ans vient d’être élu président des Etats-Unis. A quoi faut-il s’attendre dans les semaines à venir ?

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1. Des Bourses fébriles

L’une des réactions les plus immédiates vient des marchés. Les Bourses ont déjà montré leur fébrilité au cours de la campagne présidentielle américaine. L’élection de Donald Trump comporterait beaucoup d’incertitude, par son inexpérience (il n’a jamais eu de mandat électif) et son programme en rupture avec la politique économique menée jusqu’à présent par Washington.

Les analystes prévoyaient une chute des cours boursiers d’au moins 3 %, ce qui aurait des répercussions sur les marchés mondiaux. Mais les cours pourraient se stabiliser par la suite. D’autant que dans l’immédiat, après le 8 novembre, il ne se passerait pas grand-chose, puisque s’ouvrira une période de transition, aussi appelée « session du canard boiteux », jusqu’à l’investiture de nouveau président en janvier.

2. Une période de transition cruciale

Au cours de ces deux mois, Donald Trump va devoir composer sa future administration et livrer quelques indices sur sa présidence. Deux scénarios devraient se profiler, selon Marie-Cécile Naves, docteure en science politique à l’université Paris-Dauphine*. Soit Donald Trump se comporte en président comme en campagne, c’est-à-dire « en étant impulsif, en changeant d’avis, en révoquant des membres de son gouvernement comme il l’a fait régulièrement avec son staff pendant la campagne, ce qui entraînerait une crise institutionnelle » ; soit, deuxième possibilité : « Il pourrait se désintéresser de la présidence et laisser les manettes à son vice-président et au gouvernement. Cela serait dans la tradition républicaine, avec un président qui s’occupe de l’international et de quelques dossiers. »

La nomination du neuvième juge de la Cour suprême, proposée par le président sous réserve de l’approbation du Sénat, sera également cruciale étant donné le poids de cette institution aux Etats-Unis.

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3. Inquiétudes diplomatiques et nouvelles alliances ?

En attendant l’investiture, un vent d’inquiétude va souffler sur les diplomaties internationales. Nombreux sont les dirigeants européens qui ont exprimé publiquement leur préférence pour Hillary Clinton au cours de la campagne. Avec l’élection de Donald Trump, ils vont devoir composer avec lui sur l’échiquier international. Or, le candidat républicain affirme qu’il rebattra les cartes des alliances internationales, notamment en rapprochant Washington de Moscou et en prenant ses distances avec l’Otan.

4. Des Etats-Unis très divisés

Donald Trum se trouve à la tête d’un pays très divisé. « Cette campagne a révélé des tensions auparavant sous-jacentes dans notre société », estime Rodney Benson, professeur de sociologie à la New York University. Certains observateurs évoquent même des risques de violences post-élection. « On peut s’attendre à des affrontements entre électeurs, les passions sont exacerbées dans les deux camps, et l’un subira une déception formidable », poursuit Sophie Body-Gendrot, américaniste et politologue, chercheure au CNRS.

5. Un Parti républicain K.-O. (quelle que soit l’issue du vote)

Une victoire de Trump est-elle une victoire pour le Parti républicain ? C’est loin d’être évident. « Sa victoire ne peut suffire à réunifier le parti très divisé depuis 2008, note Marie-Cécile Naves. Donald Trump n’est pas dans une optique de compromis, mais plutôt de revanche, notamment contre les ténors du GOP [le Grand Old Party, surnom du Parti républicain] qui ne l’ont pas soutenu. Le parti sera en crise. »

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6. Quid des promesses chocs de Trump ?

Le mur entre le Mexique et les Etats-Unis, l’expulsion des immigrés clandestins, la réduction des impôts, l’abrogation de la couverture santé Obamacare, la restriction du droit à l’avortement… Ces promesses de campagne vont-elles devenir réalité ? « Ces propositions exigent des discussions et des concertations avec le Congrès et la Cour suprême », précise Marie-Cécile Naves. Il pourrait être difficile, voire impossible, pour Donald Trump, de légiférer sans le soutien du Congrès, dont une partie sera renouvelée lors du scrutin du 8 novembre, comme un certain nombre de gouverneurs et d’élus locaux. « Mais la plupart des promesses de Donald Trump ne sont qu’incantatoires. En tout cas, rien ne se passera avant janvier 2017 », balaie Marie-Cécile Naves. Sans compter que l’expulsion des immigrés clandestins aurait un coût exorbitant.

* Auteure de Trump, l’onde de choc populiste (FYP, 2016).