Michelle Obama lors de la convention du parti démocrate, le 25 juillet 2016, à Philadelphie.
Michelle Obama lors de la convention du parti démocrate, le 25 juillet 2016, à Philadelphie. — Ron Sachs/CNP/AdMedia/SIPA

ETATS-UNIS

VIDEO. Présidentielle américaine: Comment Michelle Obama est devenue la star de la campagne

La Première dame des Etats-Unis a révélé tout son talent politique au cours de la campagne de l'élection présidentielle américaine...

Toute série américaine qui se respecte a ses guest stars plus ou moins inattendues. La campagne présidentielle américaine n’a pas fait exception. Sauf que parmi l’armada de célébrités et de personnalités politiques qui ont fait campagne pour Hillary Clinton, l’une d’elles a fini par voler (malgré elle ?) la vedette à la candidate démocrate :  Michelle Obama, Première dame des Etats-Unis est la coqueluche de cette élection.

Pas une amie d’Hillary, ni une fan de politique 

A priori, rien ne destinait Michelle Obama à se lancer dans ce combat présidentiel, elle qui avait gardé ses distances avec la politique depuis l’élection de son mari en 2008. « Elle n’aime pas trop faire campagne, et elle le fait rarement, même pour son mari. A la Maison-Blanche, la West wing [l’aile Ouest où travaille l’équipe du président] devait se battre pour qu’elle accepte de participer à un meeting », explique la journaliste et auteure américaine Kate Andersen Brower, qui a passé quatre ans à couvrir les Obama à la Maison-Blanche. Autre obstacle à son investissement dans cette campagne : on dit de Michelle Obama qu’elle n’apprécie pas particulièrement Hillary Clinton. « En 2008, la campagne n’a pas été très jolie [Barack Obama et Hillary Clinton s’étaient affrontés dans les primaires démocrates], il y avait du ressentiment dans le camp Obama. Dans son entourage, on dit que Michelle Obama n’estime guère les Clinton, leur côté dynastique, leur attrait pour le pouvoir », poursuit Kate Andersen Brower.

Pourtant Michelle Obama a investi sa passion et son énergie dans plusieurs meetings pour convaincre les électeurs qui ne font pas confiance à Hillary Clinton. « Donald Trump a en quelque sorte uni ces deux femmes très différentes », estime Kate Andersen Brower. « Elle ne prend pas de décision sur un coup de tête, elle est très réfléchie. Elle a jugé que c’était son devoir d’agir pour éviter que Trump se retrouve à la tête du pays ». Sans compter qu’une victoire du républicain pourrait nuire au bilan de son mari, Donald Trump ayant promis d’abroger l’Obamacare et de revenir sur les accords de la COP21 et du nucléaire iranien.

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Une alliée de rêve pour les Clinton

C’est donc après avoir mûrement réfléchi que la diplômée de Princeton et de Harvard s’est lancée dans la campagne. Pour Hillary Clinton, c’est une alliée de rêve. Ses atouts ? Une popularité au zénith (supérieure – bien sûr – à celles de Clinton et Trump, et à celle de Barack Obama), une énergie et un style qui convainquent les électeurs. « En 2008 déjà, dans l’équipe d’Obama on l’appelait « the closer », celle qui arrache le morceau », rappelle l’historienne spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan*. L’équipe de Clinton ne l’a pas oublié. « Dans les Etats traditionnellement républicains, dur à « prendre » pour les démocrates, on a envoyé Michelle ».

Autres bonus : à 52 ans, « Michelle Obama peut toucher un électorat plus jeune qu’Hillary Clinton [qui a 69 ans], avec authenticité, sans que ce la sonne faux. Et elle humanise Hillary », estime Kate Andersen Brower. Elle est « un atout crédibilité pour Hillary. Les gens perçoivent chez Michelle une sincérité qu’ils ne perçoivent pas chez Hillary », complète Nicole Bacharan.

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Les deux femmes ont deux styles très différents. Hillary Clinton est perçue comme étant distante, peu spontanée, tandis que Michelle Obama « insuffle de la passion à cette campagne ». La preuve, son discours à la convention démocrate de juillet a été le plus remarqué. Elle a joué les rassembleuses après les primaires très disputées entre Bernie Sanders et l’ex secrétaire d’Etat. « Elle a parlé de ses deux filles, c’était un discours tourné vers le futur », analyse Kate Andersen Brower. « Sa parole politique est assez rare, elle a d’autant plus d’écho », estime Nicole Bacharan, pour qui il n’y a « aucun doute » que la Première dame est « vraiment la star de cette campagne ».

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Votez Michelle Obama ?

Son autre discours phare de la campagne est celui qu’elle a prononcé le 13 octobre dernier. La Première dame a dénoncé avec passion les propos sexistes de Donald Trump, qui venait alors d’être accablé par une série d’accusations de harcèlement sexuel.

« Ce sujet est un terrain miné pour Hillary Clinton, dans une position impossible à cause de son mari. La parole de Michelle est libre. Elle a parlé quand Hillary ne le pouvait pas », souligne Nicole Bacharan. Ce faisant, « elle lui vole un peu la vedette ». Au risque de faire de l’ombre à Hillary Clinton ? Le 27 octobre dernier, c’est la candidate démocrate qui a introduit Michelle Obama lors d’un meeting en Caroline du Nord. « C’est très révélateur, la tradition exige l’inverse », note Kate Andersen Brower.

Hillary Clinton et Michelle Obama lors d'un meeting en Caroline du Nord, le 27 octobre 2016.
Hillary Clinton et Michelle Obama lors d'un meeting en Caroline du Nord, le 27 octobre 2016. - Chuck Burton/AP/SIPA

A ceux qui s’interrogeaient déjà sur une possible ambition politique de la Première dame, Barack Obama avait répondu en janvier 2016 : « Il y a trois choses certaines dans la vie : la mort, les impôts et le fait que Michelle ne sera pas candidate à la Maison-Blanche ». C’était avant que son épouse ne devienne la personnalité politique la plus populaire de cette campagne. « Mais Michelle Obama a vraiment hâte de quitter la Maison-Blanche, tandis qu’Hillary a hâte d’y retourner », souligne Kate Andersen Brower. Un chassé-croisé qui pourrait se produire en janvier 2017 lors de l’investiture présidentielle, si Hillary Clinton parvient à remporter l’élection du 8 novembre.

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* co-auteur de First Ladies. A la conquête de la Maison Blanche, avec Dominique Simonnet (Editions Perrin, septembre 2016).