Beyrouth retient son souffle

LIBAN Le pays espère avoir, enfin, un nouveau Président mercredi...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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La séance parlementaire prévue mardi et consacrée à l'élection d'un nouveau président libanais a été reportée au 12 novembre, a annoncé lundi le secrétariat général du Parlement.
La séance parlementaire prévue mardi et consacrée à l'élection d'un nouveau président libanais a été reportée au 12 novembre, a annoncé lundi le secrétariat général du Parlement. — Hassan Ibrahim AFP/Archives

«Nous n’en pouvons plus de ce mauvais feuilleton!, s’exclame, hors d’elle, Jacqueline, une secrétaire de 60 ans. Cela fait un an que nos chefs nous baladent, se déchirent. Quelle image donnons-nous du Liban au monde entier?»

Le dernier rebondissement du feuilleton de l’élection présidentielle libanaise vient de mettre en scène le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui est revenu à Beyrouth dimanche soir et qui y restera jusqu’à la fin de la semaine. Kouchner, excédé par l’attitude des officiels libanais à 48 heures de l’élection, ne comprend pas pourquoi les tractations ont capoté à nouveau ce lundi entre la majorité pro-occidentale du gouvernement Siniora et l’opposition menée par le Hezbollah et le général Michel Aoun.

Douloureux souvenir

La population libanaise, elle, est lasse des querelles des chefs de clans, même si cette élection, la première sans tutelle étrangère (syrienne ou israélienne) depuis 25 ans, passionne le pays. «Depuis qu’il est revenu au Liban en 2005, Aoun ne pense qu’à une seule chose, c’est devenir Président. Quitte à mettre le pays à genoux!, s’emporte Walid, un commerçant. Le patriarche se mêle de l’élection, les ministres étrangers aussi, c’est comme si les hommes politiques libanais étaient incapables de prendre la moindre responsabilité.»

Depuis quelques jours, le climat s’est largement alourdi dans la capitale libanaise. Habitués aux coups de massue, les Beyrouthins s’attendent au pire, même si un nouveau Président devait être élu dans les temps pour remplacer le pro-syrien Emile Lahoud. Vendredi dernier, en fin de journée, la capitale est entrée en ébullition, avec des embouteillages monstres. Quelques heures plus tôt, la nouvelle d’accrochages armés entre des factions palestiniennes et l’armée libanaise dans deux camps de réfugiés palestiniens, à Saïda et en banlieue de Beyrouth, venait de raviver le douloureux souvenir du conflit de Nahr el-Bared, entre mai et septembre dernier.

«On s’attend à tout»

Du coup, de nombreux habitants ont retiré du liquide aux distributeurs, et sont partis faire des provisions dans les supermarchés. «On s’attend à tout, malheureusement, regrette Ziad, directeur artistique dans un journal libanais. Au Liban, le chaos peut venir de n’importe où: des camps, d’un attentat contre un député ou d’un discours un peu trop enflammé de tel ou tel. En attendant, tout le monde prie pour que le pays se choisisse un président fort qui pourra faire quelque chose pour le peuple.»

Devant l’imminence de l’échéance, beaucoup de Libanais continuent pourtant de faire ce qu’ils savent le mieux: vivre comme s’il ne se passait rien. Les chantiers s’accumulent dans les rues, la circulation est toujours aussi chaotique, les cloches sonnent en cadence, les muezzins appellent à la prière… L’épilogue du mauvais feuilleton de la crise libanaise est donc attendu mercredi, ou vendredi si les ténors politiques décident de jouer les prolongations. Le mandat du président Lahoud expire en effet vendredi soir à minuit