Présidentielle américaine: Le patron du FBI roule-t-il pour Donald Trump?

ETATS-UNIS Le FBI est sous le feu des critiques après avoir communiqué sur une relance de l’enquête sur les e-mails non sécurisés d’Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’Etat…

Laure Cometti

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Le FBI a annoncé une récompense de 5 millions de dollars pour retrouver l'ancien agent Robert Levinson, disparu mystérieusement en Iran.
Le FBI a annoncé une récompense de 5 millions de dollars pour retrouver l'ancien agent Robert Levinson, disparu mystérieusement en Iran. — Mandel Ngan AFP

A six jours de l’élection présidentielle américaine, aux Etats-Unis le débat se porte plus sur le FBI (Federal Bureau of Investigation) que sur les candidats Hillary Clinton et Donald Trump. Pourquoi ? Le directeur de l’organisation a déclenché une tempête médiatique et politique en annonçant vendredi la découverte de nouveaux e-mails de l’ex-secrétaire d’Etat. Puis des documents datant d’une enquête sur une amnistie controversée accordée par l’ancien président Bill Clinton ont été publiés lundi. Cet enchaînement a déclenché de vives critiques dans le camp démocrate qui accuse la police fédérale de vouloir nuire à Hillary Clinton.

Mais de quoi parle-t-on ? (Si vous avez raté le début)

Il faut distinguer deux actualités. D’abord, le directeur du FBI James Comey a annoncé aux élus du Congrès que de nouveaux e-mails d’Hillary Clinton avaient été découverts. Pour rappel, lorsqu’elle était à la tête de la diplomatie américaine de 2009 à 2013, Hillary Clinton utilisait une messagerie privée, via un serveur privé installé dans son domicile de Chappaqua, au lieu d’avoir recours à un compte gouvernemental (@state.gov). La candidate démocrate a donc été accusée d’avoir risqué des piratages ou une fuite d’informations classées secret défense pendant les quatre années où elle dirigeait la politique étrangère des Etats-Unis. La moitié de ces messages ont été détruits par Hillary Clinton, le reste a été remis au département d’Etat. Après enquête, le FBI a conclu en juillet de ne pas poursuivre l’ex secrétaire d’Etat, même si elle a fait preuve d’une « négligence extrême » en mettant en péril des « informations hautement sensibles ».

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L’affaire semblait donc enterrée. C’était sans compter sur le coup de théâtre de vendredi. Le directeur de la police fédérale a annoncé que des milliers d’e-mails du département d’Etat auraient, selon les médias américains, été découverts sur un ordinateur appartenant à Anthony Weiner, un ancien élu démocrate. Le FBI a ouvert une enquête sur lui après qu’une jeune fille de 15 ans a affirmé qu’il lui avait envoyé des sextos. Or Anthony Weiner partageait son ordinateur portable avec sa femme, qui n’est autre que Huma Abedin (le couple a divorcé depuis), l’une des plus proches collaboratrices d’Hillary Clinton. D’où la présence de mails d’Hillary Clinton sur cet ordinateur. Dimanche, le FBI a obtenu un mandat pour examiner ces milliers de messages dont le contenu n’est à ce jour pas connu du grand public. Impossible de savoir à ce stade s’ils contiennent des informations sensibles, susceptibles de lancer des poursuites contre Hillary Clinton.

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Dans la foulée, le FBI a rendu public lundi un rapport (purgé de certains éléments sensibles) datant d’une enquête close il y a plus de dix ans, concernant l’amnistie d’un homme d’affaires controversé Marc Rich, condamné pour fraude et délit d’initié, entre autres. Le 20 janvier 2001, au dernier jour de sa présidence, Bill Clinton l’a gracié avec d’autres individus.

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Ces révélations auront-elles des conséquences pour les Clinton ?

En ce qui concerne la découverte de nouveaux e-mails d’Hillary Clinton, il faudra attendre l’examen du contenu des messages pour savoir si des poursuites judiciaires sont justifiées.

Quant au rapport de 129 pages (purgé de certaines informations confidentielles) sur l’amnistie de Marc Rich, il ne contient pas de révélation fracassante et l’affaire a été classée en 2005. Toutefois, ce rapport met en lumière l’enquête du FBI sur d’éventuels liens entre l’amnistie de Marc Rich et le fait que son ex-épouse Denise était une très généreuse donatrice du parti démocrate et de la future fondation Clinton. Dans les deux cas, « il y a un effet d’annonce », estime Fabrizio Calvi, journaliste et auteur de FBI : L’histoire du Bureau par ses agents (Fayard, 2010). Ces annonces sont-elles responsables du resserrement de l’écart entre Hillary Clinton et Donald Trump dans les derniers sondages ? La candidate démocrate redouble en tout cas d’attaques contre son rival républicain et appelle les électeurs à ne pas prêter attention à ce qu’elle qualifie de « distraction ».

Mais alors, est-ce que le FBI est en train de se mêler de la campagne présidentielle ?

Les révélations embarrassent le camp Clinton mais il est difficile de savoir si tel est le but recherché par le FBI. Rien n’obligeait James Comey à annoncer la découverte des nouveaux e-mails de Clinton, rien ne le lui interdisait. Mais il dit s’être senti « dans l’obligation » d’avertir le Congrès, « vu qu’[il a] témoigné plusieurs fois ces derniers mois que [l’]enquête était achevée ». « Au milieu d’une élection, il y a un risque important d’être mal compris », reconnaît-il dans cette lettre. Un euphémisme vu la tempête provoquée par son annonce à onze jours du scrutin, une intervention inédite dans l’histoire moderne du FBI.

Quant au rapport sur l’amnistie de Marc Rich, il a été publié dans le cadre d’une Freedom of Information Act request, une procédure encadrée par la loi qui permet à tout citoyen ou organisme de demander à la justice d’obliger l’administration américaine à rendre publiques certaines informations. Le FBI « reçoit chaque année des milliers de demandes FOIA qui sont traitées dans l’ordre de leur réception En vertu de la loi, les documents qui ont été réclamés trois fois ou davantage sont publiés en ligne peu de temps après avoir été traités », a indiqué un porte-parole de la police fédérale. Autrement dit, la publication sur Internet de ce rapport découlerait d’une procédure classique. Le FBI a pour habitude d’annoncer ces publications de documents sur Twitter, via le compte (certifié) @FBI Records Vault. Un compte qui n’avait rien publié depuis un an, avant de poster une vingtaine de tweets depuis dimanche.

« La juxtaposition des deux affaires fait penser que le directeur du FBI est peut-être entré dans la campagne électorale au dernier moment, tente Fabrizio Calvi. Cette prise de position est très surprenante, d’habitude le FBI est plus prudent vis-à-vis du pouvoir et de Washington, il a tourné la page de l’époque de Hoover ».

James Comey, directeur du FBI, le 9 décembre 2015 à Washington.
James Comey, directeur du FBI, le 9 décembre 2015 à Washington. - Susan Walsh/AP/SIPA

Le passé du directeur du FBI alimente les accusations de partialité, particulièrement véhémentes dans le camp Clinton. James Comey affirme en effet avoir été « inscrit sur les listes des Républicains pendant la majeure partie de [sa] vie adulte », et ne plus l’être actuellement. Ce qui ne l’a pas empêché d’être nommé à la tête de la police fédérale par un président démocrate, Barack Obama.

Le FBI n’épargne pas pour autant le camp républicain. Une enquête a été ouverte sur d’éventuels liens entre les membres de l’équipe de Donald Trump et la Russie après le piratage des mails du parti démocrate, sans résultats à ce jour selon la presse américaine. Mais l’image du FBI, organisation supposée neutre et non-partisane, ne sortira probablement pas indemne de cette campagne.