Le Maroc s'interroge: «Qui a écrasé Mouhcine» le vendeur de poisson?

MANIFESTATIONS « Nous sommes tous Mouhcine », criaient les manifestants ce dimanche et ce lundi…

20 Minutes avec AFP

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Des milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche soir à Al-Hoceima pour protester contre la mort de Mouhcine, le vendeur de poisson.
Des milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche soir à Al-Hoceima pour protester contre la mort de Mouhcine, le vendeur de poisson. — FADEL SENNA / AFP

Le gouvernement marocain a promis d'élucider les circonstances de la mort d'un vendeur de poisson, tué dans une benne à ordures, qui a suscité l'indignation dans le pays et de nouveaux rassemblements lundi.

«Le Maroc en état de choc. La mort affreuse du vendeur de poisson (...) indigne les Marocains», a résumé lundi la presse marocaine. «Qui a écrasé Mouhcine?», s'interrogeaient les journaux, avec en une le cliché de Mouhcine Fikri gisant inanimé, la tête congestionnée et un bras dépassant du mécanisme de compactage de la benne.

« Nous sommes tous Mouhcine »

Le marchand de poisson âgé d'une trentaine d'années est décédé vendredi soir dans la ville d'Al-Hoceima (nord), dans la région du Rif, alors qu'il tentait de s'opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise.

Dimanche, des milliers de personnes ont participé dans le calme à son enterrement, puis se sont rassemblées dans la soirée dans le centre d'Al-Hoceima, cité côtière d'environ 55.000 habitants.

Des manifestations de moindre ampleur ont eu lieu dans plusieurs autres villes du Rif, mais aussi à Casablanca (ouest), Marrakech (centre-ouest) et Rabat, aux cris de «Nous sommes tous Mouhcine», et sur un ton plus politisé.

Nouveau rassemblement ce lundi

Lundi, des centaines de lycéens et collégiens se sont rassemblés à partir de la matinée à Al-Hoceima, a indiqué sous couvert d'anonymat un militant associatif. Une nouvelle manifestation se déroulait vers 19h (locales et GMT), en présence d'environ 2.000 personnes, dont certaines brandissaient des portraits de Fikri et des drapeaux berbères.

Toujours avec un fort accent identitaire amazigh et revendiquant l'héritage rebelle de la région, les manifestants ont, comme la veille, rendu hommage au «martyr Mouhcine», crié leur rejet de la «hogra» (l'arbitraire) et exigé que les «assassins» soient punis.

Un «comité» a été formé localement et en discussion avec les autorités sur plusieurs revendications concernant notamment la gestion du port et de la pêche, les interventions de la police, la marginalisation de la ville..., toujours selon le militant associatif.

«Sa Majesté ne veut pas que ce genre d'accidents se reproduise»

Au niveau national, une enquête a été ouverte par le ministère de l'Intérieur dès le lendemain du drame. Dépêché dimanche à Al-Hoceima par le roi Mohammed VI pour tenter de désamorcer la crise, le ministre de l'Intérieur Mohammed Hassad a exprimé «la compassion du souverain à la famille du défunt».

Le roi s'est saisi directement du dossier et a donné des instructions «pour qu'une enquête minutieuse et approfondie soit diligentée».

«Sa Majesté ne veut pas que ce genre d'accidents se reproduise», a souligné le ministre de l'Intérieur, qui a réaffirmé dimanche soir à l'AFP sa volonté de tout mettre en oeuvre pour «établir les circonstances exactes du drame et en punir les responsables».

La benne a-t-elle été volontairement mise en marche ?

Selon le ministre, le marchand de poisson avait refusé d'obtempérer à un barrage de police et avait ensuite été intercepté avec dans sa voiture «une quantité importante d'espadon, interdit à la pêche».

«Décision a été prise de détruire la marchandise illégale. Toutes les questions se posent après ça», a-t-il expliqué. Mais «personne n'avait le droit de le traiter ainsi», a déploré Mohammed Hassad, promettant les conclusions de l'enquête d'ici «quelques jours».

Un point suscite la polémique en particulier, que traduit sur les réseaux sociaux le hashtag «#broie-le»: un responsable a-t-il ordonné ou volontairement mis en marche le mécanisme de compactage alors que Mouhcine était à l'arrière de la benne?

Selon les résultats de l'autopsie, révélés par la presse locale, la mort serait due «à un choc hémorragique suite à une plaie thoracique».

A une semaine de la COP 22

A une semaine de l'ouverture à Marrakech de la conférence internationale sur le climat, la COP22, il y a urgence à éteindre le feu qui couve, alors que le Rif est traditionnellement une région frondeuse, aux relations difficiles avec le pouvoir central.