Un journaliste canadien placé sur écoute et suivi par la police

POLEMIQUE La police a obtenu tous les numéros entrants et sortants du téléphone de Patrick Lagacé, journaliste au quotidien La Presse…

20 Minutes avec AFP

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 Patrick Lagace, à droite, journaliste au qotidien canadien La Presse, le 15 septembre 2013.
Patrick Lagace, à droite, journaliste au qotidien canadien La Presse, le 15 septembre 2013. — Images Distribution/NEWSCOM/SIPA

La police de Montréal, avec l'accord d'un juge, a placé un journaliste canadien sur écoute et a suivi tous ses déplacements grâce à la carte SIM de son téléphone afin d'identifier les sources au sein de la police qui pouvaient le renseigner.

Grâce à 24 mandats de surveillance depuis le début de l'année, la police a obtenu tous les numéros entrants et sortants du téléphone de Patrick Lagacé, journaliste au quotidien La Presse. La police a aussi eu accès aux messages texte reçus ou émis, et a pu localiser le journaliste grâce à la puce du téléphone, a indiqué lundi le journal montréalais.

« Une attaque… contre toute la profession journalistique »

Cela «constitue une attaque sans équivoque contre l'institution qu'est La Presse et contre toute la profession journalistique», a écrit le directeur du journal, Eric Trottier.

«Au Canada, les corps de police semblent tout simplement faire fi des règles fondamentales» de la protection du travail des journalistes, a-t-il ajouté en réclamant de «mettre un terme à ce qui a toutes les allures d'une véritable chasse aux sources journalistiques».

L'ancien responsable des affaires internes de la police de Montréal, muté depuis, a reconnu cette surveillance et le suivi du journaliste.

« Il faut faire notre travail »

Sans «minimiser» l'affaire, ce policier, Costa Labos, a justifié les pratiques policières: «Je comprends que certaines personnes peuvent avoir été offusquées ou dérangées par le fait que leur téléphone ait été (l'objet de surveillance), mais il faut faire notre travail», a-t-il déclaré à La Presse. La police cherchait à savoir qui en son sein était en contact avec le journaliste et pouvait lui donner des informations sur des enquêtes en cours.

«Préoccupée», la ministre québécoise de la Justice Stéphanie Vallée a rappelé lundi «l'importance de la liberté de presse dans une société libre et démocratique». Le maire de Montréal Denis Coderre, responsable de la police de Montréal, a défendu la liberté de la presse mais ne veut pas «s'immiscer dans les opérations policières» et dans le travail d'enquête sur une affaire qu'il juge «inacceptable».

«Etes-vous un journaliste? La police vous espionnant directement pour identifier vos sources, ce n'est pas qu'une hypothèse», a posté lundi sur son compte Twitter le lanceur d'alertes Edward Snowden, ancien consultant de l'agence de sécurité américaine NSA.