Liban: Michel Aoun élu président après 29 mois de vide institutionnel

POLITIQUE L’ex-général, aujourd’hui âgé de 81 ans et issu d’un milieu modeste, fait figure de trouble-fête dans un paysage politique libanais dominé par les grandes familles…

20 Minutes avec AFP

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A general view shows a large poster of ex-general Michel Aoun ahead of a parliament session expected to elect him as president and end a political stalemate of more than two years, in Jdeidah, on the northern outskirts of the capital Beirut on October 31, 2016. / AFP PHOTO / ANWAR AMRO
A general view shows a large poster of ex-general Michel Aoun ahead of a parliament session expected to elect him as president and end a political stalemate of more than two years, in Jdeidah, on the northern outskirts of the capital Beirut on October 31, 2016. / AFP PHOTO / ANWAR AMRO — AFP

L'ex-général Michel Aoun, âgé de 81 ans, a été élu ce lundi président du Liban par un vote du Parlement qui met fin à un vide institutionnel de 29 mois. Il a été élu par 83 voix, 36 vote blancs et 8 annulés, a annoncé le président de la chambre des députés Nabih Berri.

Michel Aoun devient ainsi le 13e président du pays du cèdre depuis l'indépendance. Il est un ancien héraut de la lutte contre le régime syrien qui a ensuite effectué un volte-face en se rapprochant du Hezbollah allié de Damas.

Le troisième général à prendre la présidence du Liban

Vingt-six ans après en avoir été chassé par l'armée syrienne, cet ex-général de 81 ans regagne, grâce à son opiniâtreté, le palais présidentiel de Baabda pour un mandat de six ans non-renouvelable. Il devient le troisième général à accéder à la magistrature suprême.

Pour y parvenir, Michel Aoun a reçu l'appui inopiné de deux de ses adversaires politiques: le chef chrétien des Forces libanaises (FL) Samir Geagea et l'ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri, tous deux hostiles au président syrien Bachar al-Assad et à ses alliés libanais du Hezbollah.

A la tête par le passé d’un gouvernement de transition

Ce chrétien maronite est né le 18 février 1935 dans la banlieue populaire de Haret Hreik, au sud de Beyrouth. Comme beaucoup de jeunes issus de milieu modeste, il embrasse la carrière militaire.

Il gravit les échelons jusqu'à devenir chef d'une unité d'élite multiconfessionnelle qui défendra en octobre 1983, en pleine guerre civile (1975-1990), les régions gouvernementales face à la milice druze de Walid Joumblatt appuyée par la Syrie.

Il accède au grade de général et devient chef de l'armée. A l'été 1988, le président Amine Gemayel, quittant le pouvoir sans successeur, le nomme à la tête d'un gouvernement militaire chargé d'assurer l'élection d'un nouveau chef de l'Etat.

Pendant ses deux ans au pouvoir, il lance sans succès «la guerre de libération» contre l'armée syrienne présente au Liban, puis tente en vain de désarmer les FL dirigées par Samir Geagea. Ces affrontements sont un désastre.

Réfugié pendant 15 ans à Paris

Retranché dans le palais présidentiel, il refuse l'accord conclu à Taëf (Arabie saoudite) en 1989 pour mettre fin à la guerre civile. Un nouveau président proche de la Syrie Elias Hraoui est élu.

Le 13 octobre 1990, l'armée syrienne l'évince par la force. Michel Aoun se réfugie à Paris en 1991 où il restera 15 ans et fondera le «Courant patriotique libre», hostile à la Syrie.

Le 14 février 2005, l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri suscite des manifestations qui aboutissent au retrait total des troupes syriennes du Liban le 27 avril 2005. Deux semaines plus tard, Michel Aoun rentre au Liban et crée la surprise aux législatives en remportant 21 sièges sur 128 à l'issue d'une campagne axée contre le confessionnalisme et la corruption.

Un trouble-fête dans la politique libannaise

Son neveu, le député Alain Aoun, vante «sa santé de fer» et sa «mémoire d'éléphant» et le décrit comme un homme «patient, têtu et persévérant». Sur les réseaux sociaux, ses détracteurs raillent depuis plusieurs jours son opportunisme en diffusant des vidéos où il dénonçait comme «illégitime» ce même Parlement qui l'a élu.

L'ex-général fait figure de trouble-fête dans un paysage politique dominée par les grandes familles et les anciens seigneurs de la guerre civile. Walid Joumblatt le qualifie de «tsunami qui nous tombe sur la tête».