Fin de l'opération Sangaris: Un bilan contrasté dans une RCA toujours instable

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE Lancée en décembre 2013 en République centrafricaine, l’opération militaire Sangaris s’achève lundi, avec des résultats mitigés…

O. P.-V. (avec AFP)

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Des soldats français de l'opération Sangaris, en Centrafrique
Des soldats français de l'opération Sangaris, en Centrafrique — ISSOUF SANOGO / AFP

Il est attendu ce dimanche soir sur le tarmac de l’aéroport de Bangui, en République centrafricaine. La visite du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian doit acter lundi la fin de l’opération Sangaris en RCA, lancée en décembre 2013. 20 Minutes revient sur ces trois ans d’opération militaire.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian (c), le 7 juillet 2014 à Bangui
Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian (c), le 7 juillet 2014 à Bangui - STEPHANE DE SAKUTIN AFP

Qu’est-ce que Sangaris ?

L’espèce « Cymothoe sangaris » est un petit papillon rouge que l’on trouve en Afrique centrale. Il a donné son nom à l’opération conduite par l’armée française à partir de décembre 2013 en RCA. Le pays est alors en train de déchirer dans une guerre civile entre les soldats de la Salaka, à dominante musulmane, et les milices chrétiennes dites anti-balakas, qui soutiennent le président déchu François Bozizé. Avec l’appui du Conseil de sécurité de l’ONU et l’aide de l’Union africaine (qui envoie des soldats du Gabon, du Cameroun et du Tchad), la France monte l’opération Sangaris pour stabiliser un pays « au bord du génocide », expliquait le ministre des Affaires étrangères de l’époque Laurent Fabius. Les premiers soldats sont déployés le 5 décembre, au moment où la capitale Bangui est le théâtre de massacres d’un millier de chrétiens et de plusieurs dizaines de musulmans en trois jours.

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« Ce ne sera pas du tout le même genre d’intervention qu’au Mali, ce ne sera pas aussi massif et aussi durable », disait alors Laurent Fabius. D’où cette référence au papillon, selon le chercheur de l’IRIS Jean-Vincent Brisset, qui expliquait aux Echos qu’« un papillon, ce n’est pas méchant, ça ne dure pas très longtemps, c’est considéré comme joli et politiquement correct ». Le Monde rapporte en effet que l’état-major français comptait sur une durée « de quatre à six mois ». Les 400 premiers soldats envoyés au cœur du continent africain seront d’ailleurs très vite rejoints par 1.200 autres.

Une opération réussie, vraiment ?

« Sangaris est une opération parfaitement réussie », jugeait François Hollande en mai dernier lors d’une brève visite en Centrafrique pour rencontrer le nouveau président Faustin-Archange Touadéra, intronisé en mars, et formaliser le désengagement progressif des troupes françaises d’ici la fin de l’année. Un « succès » aussi pour Jean-Yves Le Drian, qui affirmait devant l’Assemblée nationale le 19 octobre que l’intervention française avait « permis un processus de réconciliation intercommunautaire, la reconstitution de l’Etat centrafricain, une élection présidentielle ».

Mais, admettait-il dans la même allocution, « la stabilité n’est pas totalement revenue ». Alors que la France a déployé plus de 2.000 soldats sur le territoire centrafricain au plus fort de la guerre civile, le pays n’a pas encore réussi à surmonter ses conflits internes. Les milices armées, qui ont reculé devant l’intervention française, se tiendraient prêtes à reprendre leur progression, selon un responsable politique centrafricain interrogé par l’AFP : « Les groupes armés sont en train de prendre leurs marques. Et je crains qu’ils ne lancent une offensive générale une fois les Français partis ».

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Outre le bilan militaire en demi-teinte de l’opération, l’image de l’armée française a été écornée en République centrafricaine : plusieurs accusations de viols d’enfants par des soldats dans le cadre de Sangaris ont été révélées par l’ONU. Cent huit victimes présumées d’abus sexuels ont été entendues par des responsables des Nations unies. Des casques bleus sont aussi soupçonnés. « C’est l’honneur de la France qui serait engagé », avait déclaré le 1er avril dernier François Hollande, en réponse à ces allégations.

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Un départ définitif des forces françaises ?

« Nous ne laisserons pas tomber » ce pays, a promis vendredi Jean-Marc Ayrault, le patron du Quai d’Orsay. L’instabilité actuelle de la Centrafrique a poussé la France à ne pas se désengager totalement. Oui, Sangaris, l’opération spéciale de mise en place puis de maintien d’un ordre précaire sur le territoire, s’achèvera officiellement le 31 octobre. Mais 350 soldats français, équipés de drones, resteront pour former l’armée centrafricaine et servir de réserve de mobilisation rapide en cas de besoin, alors que l’ONU a déployé 12.000 hommes dans le cadre de sa Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA).

Bref, « un départ en trompe-l’œil », comme l’écrit Le Figaro. L’objectif reste d’assurer la stabilité du pays et d’éviter le regain de violence que craignent les responsables locaux. « L’administration n’est pas déployée sur tout le territoire national, nous n’avons pas de forces intérieures, nous n’avons pas de forces armées nationales à même de garantir la sécurité, nous sommes sous le joug d’un embargo international sur les armes, et donc tout ça mis ensemble fait que l’on est dans une situation de fragilité », a détaillé jeudi le chef de la diplomatie centrafricaine, Charles-Armel Doubane. La France gardera donc un rôle d’« accompagnement international » auprès de son ancienne colonie.