Islande: A quoi pourrait ressembler le pays gouverné par le Parti Pirate?

POLITIQUE Né à l’issue de la « révolution des casseroles » après la crise qui a touché le pays en 2008, le Parti Pirate pourrait obtenir ce samedi un nombre important de sièges à l’occasion des élections législatives…

Helene Sergent

— 

Les Islandais doivent se rendre ce samedi aux urnes pour élire leurs nouveaux députés.
Les Islandais doivent se rendre ce samedi aux urnes pour élire leurs nouveaux députés. — Thorvaldur Orn Krismundsson AFP

« Amateurs », « incompétents » ou « populistes », les critiques des partis traditionnels à l’égard du parti Pirate ne manquent pas. Né en Suède puis importé en Islande en 2012 par deux anciens activistes de Wikileaks dans un contexte économique et social marqué par la crise de 2008, le parti Pirate ( Piratar en islandais), pourrait obtenir, ce samedi, trois à quinze sièges de députés au Parlement national à l’occasion des élections législatives. Ce résultat, inégalé jusqu’ici au sein d’une institution politique nationale, peut-il changer le visage de l’Islande ?

>> A lire aussi : Islande: Birgitta Jonsdottir, la «pirate» qui veut prendre le pouvoir

Une nouvelle Constitution

C’est la principale promesse de campagne de ce parti atypique, rassemblant hackers, salariés d’ONG, artistes ou professeurs. Rédigée par une assemblée constituante dès janvier 2009, le texte, approuvé par référendum en octobre 2012, est finalement débouté par le Parlement en 2013. « Ce projet met les politiques traditionnels très mal à l’aise et contient des dispositions particulièrement innovantes comme la propriété nationale des ressources naturelles qui n’ont pas encore été exploitées, ou la tenue d’un référendum d’initiative populaire si 10 % au moins du corps électoral en formule la demande », détaille Lionel Cordier, Doctorant en science politique à l’Université Lumière Lyon 2 et à l’université d’Islande.

Les homologues hexagonaux de Piratar comptent scruter particulièrement les résultats de l’élection de ce samedi.  Thomas Watanabe-Vermorel, porte-parole du parti Pirate en France : « Cette Constitution rédigée par les citoyens devrait être rapidement mise en application, ce texte voulu et prévu par le peuple sera le gros changement de ce scrutin. » Qualifiés par le parti de nouveau « contrat social », les articles consacrent, notamment les principes de démocratie active et participative.

>> A lire aussi : «Panama Papers»: En Islande, le Premier ministre pourrait en être la première victime

Le paradis du big data et de l’information ?

Autre réforme phare portée par les pirates, le renforcement de l’INMI ou « Initiative islandaise pour la modernisation des médias ». Le projet de loi, déjà adopté à l’unanimité en 2010, vise à sécuriser et protéger les données publiées par les journalistes d’investigations ou les dissidents étrangers. En cas d’arrivée au pouvoir, seul ou au sein d’une coalition, le parti souhaite « interdire la collecte de données privées » par des organismes de renseignement et « faire de l’Islande le pionnier mondial en matière de protection de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ».

« L’Islande pourrait devenir la Suisse du Data grâce à l’anonymisation des données et pourrait accorder la nationalité islandaise aux lanceurs d’alerte comme Edward Snowden », ajoute Thomas Watanabe Vermorel, porte-parole du parti Pirate français. « D’autant qu’une législation stricte en faveur de la protection des données pourrait avoir un impact économique et inciter certaines entreprises ou entités à transférer leurs serveurs en Islande », ajoute Lionel Cordier. Refusant le clivage « gauche-droite », le parti milite également en faveur de l’instauration d’une allocation universelle, d’une réforme du droit d’auteur ou d’une transparence accrue des comptes publics.

>> A lire aussi : Islande: l'avenir du gouvernement en pointillés, le Parti pirate jubile

Par idéal démocratique, les Pirates promettent également un référendum sur la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne suspendues par la droite, adhésion à laquelle une large majorité d’Islandais est néanmoins opposée.