Présidentielle américaine: A une semaine de l'élection, c'est la chasse à l'abstention

ETATS-UNIS Les Etats-Unis doivent élire leur 45ème président le 8 novembre 2016...

Laure Cometti

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Hillary Clinton et Donald Trump.
Hillary Clinton et Donald Trump. — Paul J. Richards / AFP

À une semaine du scrutin, c’est la bête noire des deux candidats. L’abstention pourrait-elle être la clé de cette élection présidentielle dont la campagne a défrayé la chronique ? Dans la dernière ligne droite, Hillary Clinton et Donald Trump investissent leur énergie, leurs militants et leur argent dans la mobilisation des électeurs.

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Record historique du nombre d’électeurs inscrits

Les électeurs vont-ils bouder les urnes dans lesquelles s’affrontent les deux candidats les plus impopulaires de l’histoire des Etats-Unis ? Ou bien le taux de participation - qui oscille entre 52 et 62 % depuis les années 1970 - va-t-il monter en flèche ? « Le nombre d’inscrits sur les listes électorales est en hausse et atteint un record historique », note Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Paris-Assas, qui estime que l’on peut s’attendre à une participation en hausse, supérieure à celle de 2008 (de 62,2 %). Selon Tom Bonier, PDG de l’entreprise de gestion de données politiques TargetSmart, plus de 200 millions d’Américains se sont enregistrés pour voter cette année.

Etats-Unis : Participation à l’élection présidentielle
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L’abstention, une crainte chez les démocrates…

Côté démocrate, la participation est cruciale. Depuis le dernier débat présidentiel du 19 octobre, les médias américains relaient largement des sondages donnant Hillary Clinton gagnante. Le camp démocrate est préoccupé par une éventuelle démobilisation de certains électeurs qui pourraient croire que le scrutin est déjà plié. Une perspective inquiétante pour le camp d’Hillary dont l’avance exceptionnelle dans les sondages a légèrement fondu depuis le dernier rebondissement dans l’affaire des emails de l’ex-secrétaire d’Etat. Or, la mobilisation serait en berne chez les électeurs Afro-Américains en matière de vote anticipé (permis dans 37 Etats sur 50).

 

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C’est pourquoi la candidate démocrate « mise sur la stratégie Get out the vote, qui consiste à mener un travail de terrain, à quadriller les quartiers, faire du porte-à-porte pour s’assurer que les électeurs susceptibles de voter démocrate se rendront aux urnes », souligne Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des Etats-Unis à Sciences-Po Lyon. Un méthodique maillage territorial soutenu par d’importants financements. Lors du week-end du 30 octobre, plus de 75.000 bénévoles se sont activés dans le pays. Le président Barack Obama va aussi mouiller la chemise en sillonnant le terrain d’ici au 8 novembre, à l’instar de Bill Clinton, Bernie Sanders et d’autres « poids lourds » du parti démocrate.

… et une potentielle arme pour l’équipe de Trump ?

En face, Donald Trump ne dispose pas d’une telle organisation de terrain. Il miserait sur une tout autre stratégie. Selon un membre de sa campagne cité par Bloomberg Businessweek, « les Blancs libéraux idéalistes [qui soutenaient plutôt Bernie Sanders dans la primaire démocrate], les jeunes femmes et les Afro-Américains » seraient particulièrement ciblés. L’objectif affiché : relayer sur les réseaux sociaux des messages sur les fuites de WikiLeaks révélant l’engagement d’Hillary Clinton en faveur du traité transatlantique (pour la première cible), sur les frasques de Bill Clinton (pour la deuxième) et sur des propos tenus en 1996 par l’ex First lady et critiqués encore aujourd’hui par des militants Afro-Américains. Il s’agit en fait d’une recette de campagne négative qui n’a rien de nouveau dans la vie politique américaine (dès le XIXe siècle, des candidats à la présidence ont opté pour ce genre d’attaques personnelles).

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Dans la dernière ligne droite de la campagne, Donald Trump est parti chasser sur les terres démocrates tout en prédisant que la victoire d'Hillary Clinton plongerait le pays dans une crise institutionnelle à cause de l'affaire des emails. Il s’est rendu lundi dans le Michigan, un Etat gagné très largement par Barack Obama en 2008 et 2012 et il part ce mardi dans le Wisconsin, un autre Etat tenu par les démocrates. Parviendra-t-il à déjouer les pronostics ? Verdict dans une semaine...