L'eau de mer pourrait contaminer l'eau douce

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Vue du village de Longyearbyen, dans l'arctique norvégien.
Vue du village de Longyearbyen, dans l'arctique norvégien. — REUTERS/Francois Lenoir

La montée du niveau des mers due au réchauffement climatique pourrait absorber jusqu'à 40% d'eau potable souterraine de plus que ce qu'on pensait jusqu'à présent, a expliqué vendredi à l'AFP un chercheur en hydrologie, auteur d'une étude à paraître.

La plupart des prédictions actuelles concernant le réchauffement de la planète se concentrent sur la quantité de terres qui seraient immergées par une hausse du niveau des mers. Mais des chercheurs de l'université d'Etat de l'Ohio (nord des Etats-Unis) ont découvert que dans de nombreuses régions côtières, l'eau de mer risquait de s'infiltrer dans l'eau douce souterraine du plateau continental et la contaminer, même au-delà des côtes.

Structure des côtes

Selon eux, le degré de contamination dépend de la structure des côtes: les plages de sables permettent en effet plus facilement aux eaux souterraines de se mélanger que les falaises. «La structure complexe du sol peut accroître le mélange entre eau salée et eau douce» au-delà même de la nouvelle ligne côtière dessinée par la montée des mers, a expliqué au cours d'un entretien téléphonique Motomu Ibaraki, professeur d'hydrologie, qui a mené cette étude pas encore publiée.

«Dans la plupart des études, on considère que si la ligne côtière recule de 100 mètres» sous l'effet de la montée des mers, «alors l'eau douce recule de 100 mètres. Eh bien notre étude montre que (ce recul) est supérieur», selon le chercheur, qui estime que la perte d'eau douce pourrait être jusqu'à 40% plus importante.

Simulation informatique


Motomu Ibaraki et l'un de ses étudiants ont créé une simulation informatique pour étudier comment les différentes structures de sol côtier pouvaient affecter le mélange souterrain entre eau douce et eau salée. La prochaine étape sera d'appliquer cette modélisation à des lieux géographiques réels, pour déterminer le risque de perte d'eau douce.

Le Groupe intergouvernemental sur le climat (Giec) de l'ONU prévoit une hausse moyenne du niveau des océans de 14 à 44 centimètres d'ici 2100 en raison du réchauffement climatique. Etant donné qu'il faut relativement peu d'eau salée pour rendre l'eau potable impropre à la consommation, même une faible élévation du niveau des océans pourrait avoir un effet très important sur les ressources en eau douce, souligne Motomu Ibaraki.

Demande croissante


«La quantité d'eau sur terre est constante, pourtant la quantité d'eau potable diminue», souligne-t-il. «Seulement 2% de l'eau présente sur terre est potable, et la plus grande partie est emprisonnée dans les glaciers», et de plus «en raison de la demande croissante en eau, les nappes phréatiques diminuent», rappelle-t-il.

L'étude, qui doit être soumise au comité de lecture d'une revue scientifique, intervient à quelques semaines de l'ouverture de la conférence sur le climat de Bali, en Indonésie, du 3 au 14 décembre, qui doit ouvrir les négociations en vue d'un nouvel accord international succédant au protocole de Kyoto, qui expire en 2012.