Bataille de Mossoul: Comment l'Etat islamique va se défendre face à la coalition internationale?

IRAK Plusieurs milliers de combattants de l’Etat islamique sont prêts à se battre à Mossoul, capturé en 2014…

Cosme Buxin
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Les forces d'élite irakiennes se rassemblent en vue de reprendre la ville de Mossoul, le 15 octobre 2016.
Les forces d'élite irakiennes se rassemblent en vue de reprendre la ville de Mossoul, le 15 octobre 2016. — Khalid Mohammed/AP/SIPA

Jusqu’à la mort. Alors que les peshmergas kurdes et les forces irakiennes, soutenus par la coalition internationale, arrivent aux portes de Mossoul (Irak), l’Etat islamique ne semble pas disposé à leur rendre les choses faciles. « On ne sait pas comment Daesh va réagir », s’inquiète-t-on dans l’entourage du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, alors que ses homologues de la coalition internationale se réunissaient à Paris mardi. 20 Minutes fait le point sur les scénarios possibles de l’après-Mossoul.

Défendre la ville

L’Etat islamique a capturé Mossoul le 10 juin 2014. En deux ans, les djihadistes ont eu le temps de préparer les défenses de la ville. « Ils ont posé des pièges et des mines partout, pour interdire l’accès de la ville le plus longtemps possible », explique le général Dominique Trinquand, ancien chef de mission militaire auprès de l’ONU et de l’Otan. Michel Goya, consultant et ancien colonel, craint des « attaques de diversion pour détourner une partie des troupes, comme celle de Kirkouk. Daesh avait utilisé la même stratégie en attaquant Bagdad lors de la bataille de Fallujah. » L’incendie d’une usine de soufre et des puits de pétrole permet aussi de retarder l’avancée des troupes, en génant les tirs et obligeant les soldats à porter leur masque à gaz.

Guérilla urbaine

« Si Daesh décide de résister, la bataille peut durer plusieurs semaines », prévient Michel Goya. Mossoul abriterait autour de 1,5 million d’habitants et entre 4 000 et 7 000 combattants de l’Etat islamique. C’est peu, mais ces derniers sont très motivés, et près à une guérilla urbaine de plusieurs semaines. « Ils ont préparé le terrain depuis longtemps, avec des souterrains et des passages entre les immeubles pour circuler sans être vu du ciel », détaille l’ancien colonel. Les attentats et attaques suicides sont aussi possibles. Outre les mines et les pièges, « ils ont aménagé des champs de tir dégagés pour les tireurs d’élite », précise le général Trinquand, qui rappelle qu’il avait fallu « quatre semaines pour prendre Fallujah en juin, avec une population bien moins importante ». La bataille de Mossoul risque de s’avérer plus compliquée, car « beaucoup de combattants de l’Etat islamique sont originaires de la ville. La population pourrait servir de bouclier humain, volontaire ou pas », rappelle le général. L’Etat islamique sait aussi réprimer dans le sang toute contestation :  50 policiers auraient été exécutés la semaine dernière peut-être pour avoir mené une insurrection.

Rallier Raqqa

Si une partie des combattants de Daesh se fondent avec la population de Mossoul, certains se rasant même la barbe, ils pourraient être tentés de rejoindre le reste du territoire contrôlé par l’Etat islamique. En Irak, il ne reste que Tal Afar, à presque 80 km à l’ouest de Mossoul, comme ville importante. Après avoir défendu la ville, les djihadistes pourraient « porter le combat à Raqqa, soupçonne le général Trinquand. Ce qui compliquera les choses pour la coalition internationale, puisque la ville est en Syrie. Si la coalition est alliée au gouvernement irakien, elle ne l’est pas avec celui de Bachar el-Assad. » Londres et Washington ont fait savoir ce mercredi que l’offensive pour reprendre Raqqa commencera « dans les prochaines semaines ».