Sondages: Pourquoi Trump et le Brexit ne sont pas comparables

ETATS-UNIS Dans la dernière ligne droite, le référendum britannique était bien plus serré que la présidentielle américaine...

Philippe Berry

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Donald Trump et Hillary Clinton s'affrontent le 26 septembre 2016 pour le premier débat télévisé de la campagne pour la présidentielle américaine 2016.
Donald Trump et Hillary Clinton s'affrontent le 26 septembre 2016 pour le premier débat télévisé de la campagne pour la présidentielle américaine 2016. — Evan Vucci/AP/SIPA / Matt Rourke/AP/SIPA

C’est l’argument préféré de Donald Trump, qu’il a encore répété lundi : les sondages sont « biaisés » contre lui. « Quand nous gagnerons, votre voix se fera entendre dans les couloirs de Washington et dans le monde entier. Ce qui se passe est plus fort que le Brexit », a martelé le candidat devant ses supporteurs. Mais la comparaison avec ce qui a été perçu comme le résultat « surprise » du vote britannique a un problème majeur : les mathématiques.

Un écart largement supérieur à la marge d’erreur

Si « rester » a fait la course en tête pendant les mois qui ont précédé le vote, tout s’est resserré dans les dernières semaines, avec un chassé-croisé. La veille du vote, « partir » est revenu à moins de 1 %. Selon Sam Wang, expert data de Stanford, on était « dans la marge d’erreur ». La victoire finale du Brexit, avec un écart de 3,8 % (51.9 % vs 48.1 %) peut aussi bien s’expliquer par un raté des sondages que par les 9 % d’indécis qui ont en masses choisi de quitter l’Union européenne dans l’isoloir.

Dans le duel Trump-Clinton, en revanche, la démocrate compte 5,5 % d’avance sur le républicain, selon la moyenne des sondages nationaux de Real Clear Politics, et 7,3 % selon celle du Huffington Post. Il ne s’agit pas d’une seule étude mais de l’agrégation de plusieurs dizaines de sondages réalisés par une vingtaine d’instituts différents. Surtout, à la différence du Brexit, il y a des milliers d’autres sondages locaux, Etat par Etat, qui donnent une meilleure idée de la carte électorale. Et Hillary Clinton semble partie pour faire mieux qu’Obama en 2008 et en 2012. C’est pour cette raison que le modèle statistique du consortium de Princeton lui donne plus de 95 % de chance d’être élue, et que les bookmakers sont du même avis.

Et l’effet « Le Pen » ?

Kellyanne Conway, la directrice de campagne du candidat républicain, aime parler d’électeurs « undercover », qui ne revendiquent pas leur vote Trump dans les sondages. Selon elle, surtout chez les personnes les plus diplômées, il est « tabou » d’avouer qu’on préfère le candidat populiste à Hillary Clinton. Dans la pratique, cette hypothèse ne s’est pas vérifiée lors de la primaire républicaine. Et l’écart entre les sondages par téléphone et en ligne du printemps, qui aurait pu valider cette théorie, semble avoir disparu, selon une analyse du Washington Post.

L’équipe de Trump fait également souvent référence à un potentiel caché chez les électeurs désaffectés, surtout blancs, qui seraient oubliés par les sondeurs. Sauf que comme le relève Sam Wang, s’il y a bien des électeurs « fantômes », ils sont majoritairement dans des Etats déjà acquis à Trump et ne risquent donc pas de changer la donne.

Quid des échantillons ?

Ces derniers jours, Trump a attaqué les échantillons des sondages, qui incluent davantage de démocrates. Mais les instituts ne font que suivre les chiffres nationaux, avec 32 % des Américains qui se disent démocrates, selon Gallup, contre 27 % républicains.

Trump a encore critiqué la méthode du « suréchantillonnage » de certains instituts, qui vont par exemple interroger 300 Afro-Américains sur un échantillon de 1.000 personnes. Mais comme l’explique le sondeur démocrate Nick Gourevitch sur Twitter, il s’agit simplement de mieux mesurer une tendance au sein d’une population (la marge d’erreur serait trop importante sur seulement 100 personnes). Surtout, le chiffre est ensuite pondéré dans le calcul final pour que l’échantillon soit représentatif de la population. Bref, sauf tremblement de terre sans précédent, la question n’est pas de savoir si Hillary Clinton va gagner mais par quel écart.