Traité de libre-échange CETA: Le Canada appelle l'UE à «finir son job»

TRAITE La ministre canadienne du Commerce a quitté Bruxelles après l’échec des négociations avec la région belge de Wallonie, hostile à l’accord en l’état...

B.D. avec AFP
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Le chef du gouvernement de Wallonie, Paul Magnette (G) et le président du Parlement européen, Martin Schulz, lors d'un point presse après une réunion portant sur le CETA à Bruxelles, le 22 octobre 2016.
Le chef du gouvernement de Wallonie, Paul Magnette (G) et le président du Parlement européen, Martin Schulz, lors d'un point presse après une réunion portant sur le CETA à Bruxelles, le 22 octobre 2016. — NICOLAS MAETERLINCK / BELGA / AFP

Le Canada a exhorté ce samedi l’UE « à finir son job » sur le CETA, le traité de libre-échange en négociation depuis sept ans entre Bruxelles et le Canada, rappelant qu’il était prêt à signer cet accord, actuellement bloqué par la Wallonie.

« Le Canada a fait son travail, la balle est dans le camp de l’Europe », a affirmé Chrystia Freeland, la ministre canadienne du Commerce, à l’issue d’une rencontre à Bruxelles avec le président du Parlement européen Martin Schulz, avant de reprendre l’avion pour son pays. « Nous avons encore quelques difficultés entre Européens », a reconnu quant à lui le chef du gouvernement de la Wallonie, Paul Magnette, qui a également été reçu par Martin Schulz, en présence de hauts responsables de la Commission européenne.

Le Canada prêt à signer le CETA

Selon son entourage, Paul Magnette attendait un nouveau texte de la Commission sur le traité. Ce document devra être soumis ensuite au Parlement de Wallonie, région francophone de Belgique, - d’abord devant la commission chargée des Affaires européennes de l’assemblée régionale. Pour l’instant, aucune date n’a été avancée pour une éventuelle réunion de cette commission wallone. « Je me réjouis que (…) la partie avec le Canada ait été conclue et donc que les discussions que nous avons menées ensemble aient été très utiles. Elles ont permis d’améliorer le texte », s’est néanmoins félicité Paul Magnette, sans donner plus d’explications.

La ministre canadienne a quitté Bruxelles après l’échec des négociations entre la région belge de Wallonie, hostile à l’accord en l’état, et Ottawa, « très déçu » des atermoiements européens. « Nous sommes prêts à signer le CETA et nous continuons à espérer que ce sera possible de le signer le 27 octobre », a expliqué Chrystia Freeland avant son départ.

« Balle dans le camp de l’UE »

La signature du traité, théoriquement prévue pour jeudi prochain, reste suspendue au feu vert de la Wallonie, qui refuse de donner les pleins pouvoirs à Bruxelles pour parapher l’accord, en raison notamment d’un manque de « temps » et de « démocratie ». « J’espère vraiment que les Européens vont parvenir à aboutir et que je pourrai revenir ici dans quelques jours avec mon Premier ministre [Justin Trudeau] pour signer l’accord », a expliqué la ministre canadienne, s’exprimant en anglais et en français. Martin Schulz a indiqué que le sommet prévu la semaine prochaine avec le Canada restait pour l’instant à l’agenda.

La Wallonie, région de 3,6 millions d’habitants, voit dans le CETA qui concerne plus de 500 millions d’Européens, les prémices du traité TTIP (ou Tafta), très impopulaire, que l’UE négocie très laborieusement avec les Etats-Unis, et réclame plus de garanties, notamment en matière de protection de ses agriculteurs et face aux puissantes multinationales.

Le CETA prévoit en effet la suppression des droits de douane pour presque tous les produits. Parmi les exceptions, certains produits agricoles, comme les viandes bovines et porcines dans le sens Canada-UE. Ce samedi, quelque 6.000 manifestants, selon les organisateurs, se sont rassemblés à Amsterdam aux Pays-Bas, pour exprimer leur soutien à la Wallonie dans leur dénonciation du traité en l’état.

«La démocratie prend du temps»

« Les problèmes qui restent sont des problèmes à l’intérieur de l’Union européenne. Les Canadiens ont expliqué (…) que les négociations sont conclues, on peut aller à la signature du Traité (…)», a dit Martin Schulz, à l’issue de sa rencontre avec Paul Magnette. « A mes yeux, il n’y a aucun problème que l’on ne puisse pas résoudre », a-t-il estimé. Les deux hommes appartiennent à la même famille politique, le premier étant social-démocrate et le second membre du Parti socialiste belge.

Le Parlement européen n’a pas de mandat pour négocier les traités commerciaux de l’UE, car c’est du ressort de la Commission européenne, l’exécutif européen. Toutefois, il doit donner son feu vert à la fin du processus. Si l’accord est signé comme prévu le 27 octobre à Bruxelles entre les 28 et le Canada, les députés européens devront donc se prononcer sur le texte, ce qui devrait avoir lieu soit à la fin de l’année, soit au début de l’année prochaine. Ce blocage soulève en tout cas d’énormes interrogations sur la capacité de l’UE --ébranlée par des crises à répétition et fragilisée par le Brexit-- à négocier désormais des traités commerciaux avec des pays comme les Etats-Unis ou le Japon.