Syrie: La trêve «humanitaire» décrétée par Moscou doit prendre fin à Alep

CONFLIT Mais les huit corridors établis pour permettre aux habitants et aux rebelles qui le souhaitent de quitter les quartiers est de l’opposition sont pour l’instant restés déserts...

B.D. avec AFP

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Des flyers distribués par le qouvernement syrien encourageant habitants et rebelles à quitter les quartiers est d'Alep, le 20 octobre 2016.
Des flyers distribués par le qouvernement syrien encourageant habitants et rebelles à quitter les quartiers est d'Alep, le 20 octobre 2016. — KARAM AL-MASRI / AFP

La trêve « humanitaire » décrétée par Moscou dans la ville syrienne d’Alep doit expirer ce samedi soir, mais seule une poignée de civils et de rebelles ont pour l’instant quitté les quartiers assiégés, l’ONU jugeant les conditions de sécurité insuffisantes pour évacuer des blessés.

La « pause humanitaire », entrée en vigueur jeudi matin, doit prendre fin ce samedi à 19h, selon Moscou. Les huit corridors établis pour permettre aux habitants et aux rebelles qui le souhaitent de quitter les quartiers est de l’opposition, où vivent plus de 250.000 habitants, sont pour l’instant restés déserts. Accusés par les Occidentaux de commettre des « crimes de guerre » à Alep, le régime du président Bachar al-Assad et son allié russe avaient suspendu mardi une offensive meurtrière lancée le 22 septembre pour reprendre les quartiers de la rébellion, avant que Moscou ne décrète la trêve.

« Menaces et chantage »

Car les bombardements intenses sur Alep-Est ont fait environ 500 morts et 2.000 blessés, selon l’ONU, entraînant également la destruction d’infrastructures civiles, notamment des hôpitaux. Ce samedi matin, un photographe de l’AFP présent côté régime s’est rendu au passage de Boustane al-Qasr et a constaté que celui-ci était désert. Un scénario identique avait eu lieu jeudi et vendredi.

« Jusqu’à maintenant, personne n’est sorti par les couloirs », a confirmé le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. « Des comités populaires civils venant des quartiers du régime sont entrés dans les quartiers est pour tenter d’évacuer des blessés, mais ils n’ont pas réussi », a-t-il ajouté. Les autorités russes et les médias étatiques syriens ont accusé les rebelles d’empêcher toute personne de quitter leur secteur, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov assurant même que les combattants avaient recours « aux menaces, au chantage et à la force brute » pour bloquer les couloirs.

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L’ONU avait également prévu d’évacuer les premiers blessés vendredi mais a finalement reporté ses opérations car les « assurances concernant les conditions de sécurité » n’avaient pas été remplies. L’organisation internationale a toutefois demandé à la Russie de prolonger la trêve jusqu’à lundi soir. Selon l’ONU, 200 personnes blessées et malades doivent être évacuées de toute urgence des quartiers rebelles d’Alep. Au final, seuls huit rebelles blessés et sept civils ont emprunté les corridors humanitaires, indiquait vendredi soir à Moscou le général Sergueï Roudskoï, un haut responsable de l’état-major russe.

Attaques chimiques

Ancienne capitale économique devenue un enjeu majeur de la guerre en Syrie, Alep est divisée depuis 2012 entre des quartiers ouest tenus par le régime et des zones est contrôlées par ses opposants. L’armée syrienne encercle les quartiers rebelles depuis début juillet. Dans la nuit de vendredi à ce samedi, des combats sporadiques et des tirs d’obus ont également opposé rebelles et forces du régime à la périphérie d’Alep, selon l’OSDH. « Le régime et les rebelles ont chacun renforcé leurs effectifs militaires, ce qui nous fait craindre, en cas d’un échec du cessez-le-feu, une vaste opération militaire », a prévenu Rami Abdel Rahmane.

Le général Roudskoï avait accusé vendredi les rebelles de « profiter du cessez-le-feu » pour préparer une offensive de grande ampleur. A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a reçu vendredi soir un rapport confidentiel concluant que l’armée syrienne avait mené une attaque à l’arme chimique, sans doute au chlore, à Qmenas, dans la province d’Idleb, le 16 mars 2015.

En revanche, les experts onusiens n’ont pas réuni de preuves suffisantes pour déterminer la responsabilité de deux autres attaques chimiques, à Binnish (même province) en mars 2015, et à Kafr Zita (province de Hama, centre) en avril 2014, selon le rapport dont l’AFP a obtenu des éléments.

Au total, sur les neuf attaques chimiques présumées étudiées par les experts, trois ont été attribuées au régime syrien et une au groupe Etat islamique, au gaz moutarde, à Marea, près d’Alep, en août 2015. Plus tôt dans la soirée, les Nations unies avaient annoncé avoir nommé une commission d’enquête « indépendante » sur l’attaque d’un convoi humanitaire le 19 septembre près d’Alep, qui avait fait au moins 18 morts.