A Bruxelles, Theresa May tente d'apaiser les craintes d'un Brexit «dur»

POLITIQUE Le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui craint un divorce houleux…

20 Minutes avec AFP

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La Première ministre britannique Theresa May
La Première ministre britannique Theresa May — JUSTIN TALLIS / AFP

C’est une première très attendue. Trois mois après son arrivée à Downing Street, Theresa May participe ce jeudi à son premier sommet européen de Bruxelles en tant que Première ministre britannique, chargée de mettre en œuvre le pharaonique chantier du Brexit.

A l’occasion d’un dîner de travail avec les dirigeants des 27 autres pays de l’Union européenne, May doit réaffirmer sa volonté d’activer avant la fin mars 2017 l’article 50 du traité de Lisbonne, qui lancera les négociations de sortie de l’UE.

Froncements de sourcils parmi les 27

Ce calendrier a été salué par les dirigeants européens, favorables à un divorce rapide depuis le résultat du référendum du 23 juin. Mais May a également provoqué des froncements de sourcils auprès des vingt-sept en insistant sur l’idée d’appliquer un contrôle de l’immigration des citoyens de l’UE.

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Pour les partenaires européens, cette proposition va à l’encontre du principe de libre circulation et s’avère incompatible avec un accès sans conditions au marché unique.

« La vérité brutale est que le Brexit sera une perte pour nous tous. Il n’y aura pas de gâteaux sur la table, seulement du sel et du vinaigre », a souligné jeudi dernier le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui craint un divorce houleux.

Un divorce le moins douloureux possible

Selon une source proche de Downing Street, May est pourtant prête à demander aux vingt-sept de l’aider pour négocier une séparation qui soit la moins douloureuse possible. « Elle souhaite un Royaume-Uni fort qui devienne un partenaire d’une Union européenne forte. Elle ne veut pas que la procédure de sortie nuise à l’UE », a souligné cette source gouvernementale.

Du côté de la Commission européenne, le président Jean-Claude Juncker répète à l’envi qu’il ne saurait y avoir de négociations avant le déclenchement de l’article 50.

« Il ne faudrait pas que des pans entiers de l’industrie européenne s’engagent dans des pourparlers secrets, dans des chambres noires, rideaux tirés avec les envoyés du gouvernement britannique », a-t-il dit vendredi à l’occasion des 20 ans de l’Institut Delors, à Paris.

Le Royaume-Uni prié de faire en priorité le ménage chez lui

Reste que May, qui n’avait pas été invitée au dernier sommet de l’UE à Bratislava, devrait profiter de l’occasion pour sonder des alliés potentiels. La dirigeante s’est déjà rendue à Paris, à Berlin, au Danemark, aux Pays-Bas et en Espagne. A Bruxelles, elle aura des apartés avec les dirigeants de l’Estonie et de la Roumanie.

Preuve de la complexité des négociations à venir, May a indiqué mercredi devant le Parlement que les négociations allaient durer « deux ans, ou plus ». 

L’une des difficultés vient des divisions du gouvernement britannique. Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson insiste sur le nécessaire contrôle de l’immigration. Celui des Finances, Philip Hammond, cherche d’abord à protéger l’économie.

L’Ecosse, qui menace d’un nouveau référendum d’indépendance, constitue un autre casse-tête, alors que plusieurs recours en justice risquent de freiner le processus.

« Je pense que les dirigeants européens vont signifier à Mme May de faire d’abord le ménage chez elle avant même de commencer à discuter » du divorce à venir avec les dirigeants de l’UE, tranche Catherine Barnard, professeure à l’Université de Cambridge.