Irak: La bataille de Mossoul «pourrait entraîner le plus important déplacement de population de l’année»

INTERVIEW Handicap International redoute l’exode de 90.000 personnes dans les jours à venir, 200.000 d’ici trois semaines et jusqu’à 1,5 million dans les mois qui viennent…

Propos recueillis par Clémence Apetogbor

— 


Des familles originaires du village de Bajwaniyah, à 30 km de Mossoul, ont fui la zone de combat, aidées par les membres des forces de sécurités, le 18 octobre 2016
Des familles originaires du village de Bajwaniyah, à 30 km de Mossoul, ont fui la zone de combat, aidées par les membres des forces de sécurités, le 18 octobre 2016 — AHMAD AL-RUBAYE / AFP

L'assaut de Mossoul n'a pas tardé à produire ses premiers effets. Si l'armée irakienne a repris plusieurs villages depuis lundi, plusieurs centaines de familles ont aussi commencé à fuir cette zone  aux mains des djihadistes de l’Etat islamique depuis 2014. Mais quelle est la situation de ces familles déplacées, dans un pays qui en compte déjà plus de 3,3 millions ? Comment les protéger du pire ? 20 Minutes a interrogé Fanny Mraz, coordinatrice des opérations pour Handicap International à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, située à 45 minutes de route des combattants de Daesh.

Quelle est la situation à Mossoul ?

Les premières opérations militaires ont commencé lundi matin. Durant les premières 24 heures, aucun déplacement de population n’a été enregistré. Mais mardi soir, près de 500 familles ont fui les villages près de Mossoul visés par l’offensive des forces armées irakiennes. Et ce n’est qu’un début. On craint l’exode de 90.000 personnes dans les jours à venir, 200.000 d’ici deux à trois semaines et jusqu’à 1,5 million dans les mois qui viennent. L’offensive sur Mossoul est un immense challenge politique et économique, qui pourrait être à l’origine du plus important déplacement de population de l’année 2016.

>> A lire aussi : Comment empêcher un nouveau bain de sang parmi les civils?

Quel rôle joue Handicap international sur place ?

Qayyarah, l’une des trois zones d’accueil des familles déplacées [avec Jad’ah et Haj Ali], on se prépare à répondre aux besoins de ceux qui, du jour au lendemain, ont tout abandonné. Notre premier but est de permettre l’accès à une aide humanitaire aux personnes les plus vulnérables, à savoir les blessés et les handicapés. Concrètement, ça passe par le renfort des équipes des centres de santé, par l’accès à des séances de kinésithérapie, mais aussi par un soutien psychosocial. Ces familles déplacées sont en première ligne des combats ou sont les témoins de violences, dont elles sont aussi les premières victimes.

Quelle est la plus grande menace pour ces familles de déplacées ?

Le défi majeur est de renforcer les connaissances des populations déplacées contre les engins explosifs improvisés. C’est une des plus grandes menaces et elle pèse sur l’ensemble de la population. Le territoire irakien est le théâtre d’une contamination ancienne et récente de ce type d’engins. N’importe quel objet du quotidien peut être piégé : un pneu, un baril, une cafetière, un jouet… Ils sont disséminés par les djihadistes sur les routes empruntées par les familles mais aussi dans les zones reprises par les autorités, et dans lesquelles les familles vont, à terme, retourner.

>> A lire aussi : Un reporter de CNN pris dans un échange de tirs avec Daesh

Handicap International participe justement aussi aux opérations de déminage. Nous dispensons des sessions d’éducation aux risques liés aux restes explosifs de guerre et aux engins explosifs improvisés pour limiter les accidents. Nous intervenons en priorité auprès des enfants mais aussi de leurs familles pour leur permettre d’identifier ces engins, s’en éloigner et les signaler aux autorités compétentes.