Présidentielle américaine : Pourquoi Hillary Clinton joue-t-elle la carte de la discrétion?

ETATS-UNIS La candidate démocrate n’a pas participé à un meeting depuis une semaine et elle n’a que peu réagi aux révélations qui plombent son rival Donald Trump…

Laure Cometti

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Hillary Clinton lors d'un meeting à Pueblo dans le Colorado (Etats-Unis), le 12 octobre 2016.
Hillary Clinton lors d'un meeting à Pueblo dans le Colorado (Etats-Unis), le 12 octobre 2016. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Depuis une semaine, Hillary Clinton semble avoir mis sa campagne en sourdine, en apparence du moins. Alors que son rival Donald Trump enchaîne les meetings à un rythme effréné, la candidate démocrate n’en a pas tenu un seul depuis jeudi. Une stratégie qui interroge la presse américaine, de même que le silence de l’ex-Première dame sur les accusations d’attouchements sexuels dont le candidat républicain fait l’objet. Pourquoi a-t-elle adopté une stratégie plus discrète ?

« Laisser Trump s’autodétruire »

A J-20 du jour de l’élection (« Election Day »), plus de 1,4 million d’Américains ont déjà voté* par anticipation. Avant le 8 novembre, un tiers des électeurs se seront déjà exprimés. Autant dire que la « dernière ligne droite » de la campagne est déjà bien amorcée. « Est-ce que cette élection est terminée ? » (« Is this election over ? »), s’interrogeait d’ailleurs mardi le New York Times, tant il semble difficile pour Donald Trump de rattraper sa rivale, qui dispose d’une avance confortable dans les sondages. L’écart s’est davantage creusé après la publication début octobre  d’une vidéo dans laquelle Donald Trump tient des propos dégradants au sujet des femmes.

Dans ce contexte favorable, « Hillary Clinton n’a pas besoin de dire grand-chose. Il s’agit de conserver la dignité d’une candidate à la présidence et d’éviter de contre-attaquer pour ne pas entrer sur le terrain des frasques sexuelles. Elle laisse d’autres dénoncer pour elle le caractère sexiste et vulgaire des propos de Trump », observe James Cohen, professeur à l’Institut du monde anglophone, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle.

A chaque fois qu’il a été accusé de sexisme, Donald Trump a répliqué en exploitant le passé de Bill Clinton. Or son épouse « est profondément mal à l’aise sur ce terrain », estime Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des Etats-Unis à Sciences-Po Lyon. « Hillary Clinton a souvent opté pour la stratégie consistant à laisser Donald Trump s’autodétruire », poursuit-il.

Quant à son silence au sujet des révélations de WikiLeaks, James Cohen estime qu’Hillary Clinton « choisit de ne pas en parler en pariant sur le fait que le détail de ces fuites ne vont pas intéresser un public très large, et que ceux qui choisissent de la condamner pour ces faits ont déjà fait leur choix. Sur ces sujets – sa complicité avec le monde de la finance notamment – il n’y a pas de défense efficace possible à part, peut-être, le silence ». Le sujet devrait néanmoins être abordé lors du débat ce mercredi soir.

>> A lire aussi : Ce que révèlent les emails publiés par WikiLeaks sur Hillary Clinton

Porte-à-porte et travail de terrain versus meetings et flot de tweets

Si la candidate démocrate a donné beaucoup moins de meetings que son rival, ses équipes s’activent néanmoins sur le terrain. La participation est cruciale pour le camp démocrate, d’autant que de bons sondages peuvent engendrer une démobilisation de certains électeurs. « Hillary Clinton mise sur la stratégie Get out the vote, qui consiste à mener un travail de terrain, à quadriller les quartiers, faire du porte-à-porte pour s’assurer que les électeurs susceptibles de voter démocrate se rendront aux urnes », souligne Vincent Michelot.

En face, le camp républicain mise davantage sur la présence sur les réseaux sociaux et la multiplication de meetings visant à « mobiliser et enthousiasmer la base militante et dramatiser les enjeux de l’élection en espérant que cela affaiblira la participation de certains segments de l’électorat démocrate ».

La préparation du troisième et dernier débat présidentiel explique également l’agenda moins chargé de la candidate démocrate. « Elle y consacre énormément de temps. Avant le deuxième débat, elle s’est enfermée tout un week-end et elle s’entraîne face à un membre de son équipe qui joue le rôle de Trump », témoigne Olivier O’Mahony**, journaliste à Paris Match qui fait partie de l’équipe de reporters qui suit la candidate dans tous ses déplacements.

Une stratégie à affiner après le dernier débat

« Je ne veux pas que les gens croient que cette élection est finie, car tout a été si imprévisible jusqu’à présent. Mais je ne prends rien pour acquis. Nous devons travailler très dur dans les trois prochaines semaines et demie », a déclaré lundi Hillary Clinton dans l’émission d’Ellen DeGeneres.

Reste à savoir quelle stratégie la candidate privilégiera pour ces prochaines semaines. « Soit elle décide de sécuriser son élection en ciblant ses efforts dans des Etats clés pour obtenir le nombre de grands électeurs requis, soit elle vise plus haut et consacre aussi des efforts pour obtenir plus de sièges démocrates au Congrès [les électeurs votent aussi pour le Sénat et la Chambre des Représentants le jour de la présidentielle], car sa future marge de manœuvre en tant que présidente en dépendra », précise Vincent Michelot.

* selon le professeur Michael McDonald à l’Université de Floride cité par l’AFP.

** Auteur du livre Les Billary. Enquête sur le couple de pouvoir le plus fascinant du monde (Flammarion, 2016).