«Je suis toujours vivant», lance Roberto Saviano à la mafia

ITALIE L'auteur italien vit depuis dix ans sous protection policière... 

20 Minutes avec AFP

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L'auteur italien Roberto Saviano vit depuis 2006 sous protection policière
L'auteur italien Roberto Saviano vit depuis 2006 sous protection policière — LUCIANO MOVIO/SINTESI/SIPA

Roberto Saviano vit depus dix ans sous protection policière. Aujourd’hui, l’écrivain italien lance aux boss mafieux : « Je suis toujours vivant ! », dans un texte publié lundi dans le quotidien La Repubblica. « Ce que j’aimerais leur crier en face aujourd’hui c’est : vous n’avez pas réussi, vous n’avez pas réussi à obtenir ce que vous vouliez », écrit l’écrivain et journaliste de 37 ans.

Une protection qui devait durer « quelques jours »

Roberto Saviano bénéficie d’une protection policière depuis qu’il a été menacé de mort par la mafia napolitaine après la publication, en 2006, de son best-seller Gomorra, vendu à dix millions d’exemplaires dans le monde. « Je ne me suis pas arrêté, je ne me suis pas plié, même si plus d’une fois je me suis brisé », souligne-t-il dans le journal auquel il collabore régulièrement. Il revient sur ce jour de 2006 où il reçut l’appel téléphonique d’un responsable de la police l’avertissant qu’il serait placé sous protection.

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Lorsqu’on vient le chercher à son domicile il demande combien de temps cela durera et un policier lui répond : « Quelques jours, je crois ». « Faire une synthèse de ces années est très difficile, j’ai envie avant tout d’exprimer de la gratitude envers les policiers qui m’ont escorté tous les jours ». « Ils sont devenus pour moi une famille, ce sont souvent leurs casernes qui m’ont accueilli ».

A l’occasion de cette date anniversaire, l’écrivain a rendu hommage sur son compte Twitter aux hommes qui assurent sa protection. « 10 ans ensemble. 10 ans durant lesquels vous avez passé plus de temps avec moi qu’avec votre famille. Merci à mes gardes du corps : "per aspera ad astra" ("par des sentiers ardus jusqu’aux étoiles") », a-t-il écrit.

Un nombre de demandes de protection en forte hausse

« Après mon cas, le nombre de demandes de protection a explosé en Italie pour des journalistes et des militants, et tout cela a paru normal », note-t-il. « La vérité c’est que je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait ». L’Italie est « immergée dans une culture du chantage, qui devient un aspect de la stratégie des clans », fustige Saviano.

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« Celui qui décrit les organisations criminelles, les contrats, le blanchiment, sait qu’il deviendra d’une certaine façon une cible. Parce qu’on ne parlera pas seulement du mérite de ce qu’il écrit mais on cherchera à détruire sa crédibilité », constate-t-il, évoquant certaines critiques émises à son encontre, cherchant à réduire son travail à une compilation de faits connus.

« Au cours des années, je n’ai pas seulement dû subir la difficulté d’une vie sous protection, mais aussi l’idiotie de ceux qui parlent sans rien savoir », ajoute-t-il, estimant que les organisations mafieuses « craignent plus que tout » un éclairage nouveau sur leurs activités.