Bataille de Mossoul: Comment empêcher un nouveau bain de sang parmi les civils?

IRAK Aujourd'hui, 1,5 million de personnes vivent encore dans la deuxième ville d'Irak...

Delphine Bancaud

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Un soldat des forces spéciales avec un enfant dans la banlieue de Mossoul le 5 août 2016.
Un soldat des forces spéciales avec un enfant dans la banlieue de Mossoul le 5 août 2016. — Laurence Geai/SIPA

On sait déjà qu’il y aura des victimes, mais tout doit être fait pour limiter leur nombre. Les forces irakiennes ont lancé ce lundi l’offensive pour reprendre la ville de Mossoul, bastion de Daesh en Irak depuis 2014.

Mais l’ONU a immédiatement exprimé sa « préoccupation » pour les quelque 1,5 million de personnes vivant encore dans la ville (elles étaient trois millions avant la guerre). « Je suis extrêmement préoccupé pour [leur] sécurité. [Ces personnes] pourraient être touchées par les opérations militaires pour reprendre la ville à Daesh », a ainsi déclaré dimanche, Stephen O’Brien, secrétaire général adjoint des Nations unies.

Des risques multiples pour les civils

D’autant que la bataille de Fallouja pour libérer ses habitants de l’occupation djihadiste, en juin dernier, et celle de Ramadi, en décembre 2015, s’étaient soldées par des pertes de civils, même si aucune statistique n’est disponible sur le sujet. Les opérations militaires devraient dans un premier temps se borner à encercler la ville, avant le début de violents combats de rue. Ce qui représente un grand risque pour les civils, comme l’a indiqué Stephen O’Brien : « Les familles sont exposées à un risque extrême d’être prises entre deux feux ou prises pour cibles par des snipers. » Par ailleurs, selon Karim Pakzad, chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste de l’ Irak, « Daesh pourrait utiliser des civils comme boucliers humains comme il l’a fait lors de la bataille de Fallouja. Et lorsque les combats de rue auront commencé, il minera certains bâtiments, ce qui représentera un risque fort pour les civils. »

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Un avis partagé par Myriam Benraad, chercheuse à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman : « Lors de cette bataille, on peut craindre que Daesh mène une politique de la terre brûlée et qu’il manifeste une fois de plus son vrai mépris pour la vie des civils », souligne-t-elle. Parallèlement, même si les forces irakiennes ont déclaré leur intention d’épargner des civils, le risque de bombardements d’habitations est réel. Enfin, Mossoul étant une ville à majorité sunnite, ses habitants craignent l’entrée dans la ville des puissantes milices paramilitaires chiites du Hachd al-Chaabi, soutenues par l’Iran. « Ils redoutent une guerre confessionnelle », indique aussi Myriam Benraad. L’inquiétude des populations civiles est d’autant plus forte que les djihadistes, qui sont environ 5 000 à Mossoul, sont lourdement armés et qu’ils ont eu beaucoup de temps pour se préparer à cet assaut. Ce qui laisse penser que les combats dureront longtemps.

Les populations alertées

Pour éviter les pertes humaines, l’armée irakienne a tenté de préparer les populations à cet assaut. Avant le lancement de l’opération militaire, elle a largué par les airs des dizaines de milliers de tracts sur Mossoul, donnant des consignes de sécurité aux habitants en prévision de l’offensive. « Cela a notamment permis aux civils de faire des provisions d’eau et de nourriture », indique Karim Pakzad. « Des réserves qui ne suffiront pas si la bataille dure longtemps », tient cependant à souligner Myriam Benraad. Les autorités ont notamment recommandé aux civils de rester chez eux : « En Irak, il peut faire très chaud, les maisons sont toutes dotées de caves où l’on se rend pour trouver un peu de fraîcheur. Elles vont aussi permettre aux habitants de se réfugier pendant les bombardements », souligne Karim Pakzad.

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Au fur et à mesure des combats, les autorités s’attendent aussi à ce que « beaucoup d’habitants de la ville fuient leur domicile, ce qui va entraîner un nombre de déplacés sans précédent », prévoit Myriam Benraad. Selon l’ONU, un million de personnes pourraient être déplacées en quelques semaines. Et avec l’arrivée de l’hiver, les civils sans abri devront endurer les nuits glaciales du désert. Afin qu’ils ne meurent pas de faim, « l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé qu’elle allait construire des "sites d’urgence" qui fourniront un abri et des services de base pour 200 000 personnes, et le gouvernement irakien va en faire de même, avec un camp de 150 000 places », indique Karim Pakzad. Par ailleurs, des ambulances sont postées à proximité de la ville.

Craignant pour le sort de 500 000 enfants, l’ONG Save the Children a aussi exhorté les belligérants à « ouvrir des couloirs sécurisés » pour que les civils puissent fuir et qu’ils ne restent pas piégés « sous les bombes, dans une ville pleine de mines et d’explosifs, en manquant de nourriture et de soins médicaux ». Des précautions qui limiteront sans doute les pertes civiles, mais ne les empêcheront pas : « Les combats seront durs et il y aura plus de morts que lors de la bataille de Fallouja et celle de Ramadi », prévient Karim Pakzad.