Hillary Clinton sur son Blackberry, une célèbre photo qui a inspiré le mème «TextsFromHillary».
Hillary Clinton sur son Blackberry, une célèbre photo qui a inspiré le mème «TextsFromHillary». — K.LAMARQUE/AP/SIPA

ETATS-UNIS

Ce que révèlent les emails publiés par WikiLeaks sur Hillary Clinton

L'organisation de Julian Assange publie au compte-gouttes des conversations internes après un piratage que Washington attribue à Moscou...

Hillary Clinton va être hantée par ses emails et ceux de ses collaborateurs jusqu’au jour de l’élection, le 8 novembre. Après la polémique sur son serveur privé, c’est le piratage du compte du président de son équipe de campagne, John Podesta, qui lui cause des soucis. Alors que Washington accuse Moscou d’être derrière l’attaque informatique, WikiLeaks publie au compte-gouttes des milliers de conversations internes depuis vendredi. Mais si certains détails sont embarrassants et renforcent l’image d’une candidate calculatrice, il n’y a pour l’instant rien de fracassant, et les révélations sont largement éclipsées par les déboires de Donald Trump. Voici ce qu’on apprend sur…

Clinton et les médias

Jeudi, Donald Trump a dénoncé « la corruption de la machine Clinton et des médias ». Il accuse notamment le New York Times de rouler pour la démocrate et de lui donner « un droit de veto » sur ses citations. Dans la pratique, c’est un raccourci très malhonnête. Un journaliste du Times a en effet accepté une rencontre « off the record » avec Clinton, ce qui est assez courant pour sortir des discussions scriptées. Après coup, il a demandé à la directrice de communication, Jennifer Palmieri, s’il pouvait utiliser certaines citations, en lui laissant la possibilité de refuser vu que c’était en « off ». Clinton en a bloqué deux : une blague contre Sarah Palin sur la soupe à l’élan et une observation sur « les droits des homosexuels qui ont progressé beaucoup plus vite que les droits civiques et que ceux des femmes. » Surtout, le New York Times a informé ses lecteurs des détails de l’arrangement.

Dans un autre échange, Palmieri qualifie un journaliste de « favorable » à Clinton et un autre de « hater ». Etablir des fiches sur des journalistes est assez commun dans le monde de la communication – Microsoft s’est fait récemment prendre en flagrant délit. Il serait fort surprenant que Donald Trump ne fasse pas de même afin de choisir à qui il va accorder une interview.

Enfin, une cadre du parti démocrate et contributrice de CNN, Donna Brazile, est accusée d’avoir envoyé une question d’un débat avec Bernie Sanders en avance à l’équipe de Clinton. Brazile – qui n’est pas une journaliste – a nié mais son email contient la question mot pour mot.

Clinton et son serveur privé

Sans surprise, le feuilleton du serveur privé a fait l’objet de nombreuses discussions internes. La vice-présidence de la campagne, Huma Abedin, se demandait en mai s’il était possible de ne pas faire de conférence de presse pendant l’été pour éviter les questions des journalistes. « Ce serait suicidaire », répond Podesta.

Selon Trump, le département de la Justice a « fourni des informations » à Clinton pendant l’enquête sur son serveur. Mais la communication qui a eu lieu concernait des détails publics à propos du calendrier de la procédure, ce qui n’est pas illégal.

Clinton et ses positions contradictoires

Les emails contiennent des retranscriptions de discours privés que la candidate a tenus devant les employés de la banque Goldman Sachs. Payée 225.000 dollars de l’heure, Clinton brosse Wall Street dans le sens du poil. Selon elle, rendre les banquiers responsables de la crise financière est une « grossière simplification ». Elle dit encore rêver « d’un marché commun sans frontière fonctionnant sur le principe du libre-échange », ce qui est en contradiction avec sa prise de position tardive contre le traité transpacifique TPP. Enfin, selon Podesta, « son instinct penche du côté du FBI » sur la question du chiffrement, alors que lors d’un débat avec Bernie Sanders, elle semblait soutenir Apple. Au final, la grande révélation de ces emails, c’est qu’Hillary Clinton est une politicienne comme les autres.