Ouragan Matthew à Haïti: «L'accès logistique à l'ensemble de l'île est une urgence absolue»

INTERVIEW Hélène Robin, responsable des opérations d’urgence en Haïti pour Handicap International, répond à « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Après le passage de l’ouragan Matthew, qui a frappé Haïti et a pour l’heure coûté la vie à près de 900 personnes, la priorité est de fournir une prise en charge médicale et le matériel de première nécessité à la population.
Après le passage de l’ouragan Matthew, qui a frappé Haïti et a pour l’heure coûté la vie à près de 900 personnes, la priorité est de fournir une prise en charge médicale et le matériel de première nécessité à la population. — O.Barría/SIPA

Le bilan humain est très lourd. Il n’est malheureusement que provisoire. A Haïti, l’ouragan Matthew a tout détruit sur son passage et a pour l’heurecoûté la vie à près de 900 personnes et probablement fait des milliers de blessés. La France a d’ores et déjà envoyé  60 militaires experts de la sécurité civile et 32 tonnes de matériel, dont des kits médicaux et des produits de première urgence. Mais dans ce pays, l’un des plus pauvres au monde, la nécessité d'« organiser des secours efficaces dans les plus brefs délais est une priorité absolue », explique à 20 Minutes Hélène Robin, responsable des opérations d’urgence en Haïti pour Handicap International.

Quelle est aujourd’hui l’urgence absolue à Haïti ?

C’est l’organisation rapide d’un accès logistique à l’ensemble de l’île. Une partie importante du pays est complètement isolée et les infrastructures ne sont majoritairement pas fonctionnelles. L’armée dispose de moyens importants, mais leur équipement est lourd et peu flexible. Or pour acheminer l’aide sur la totalité de l’aide, il faut un support logistique flexible. C’est pourquoi nos équipes sur places ont déjà commencé à recenser les bateaux et camions opérationnels qui peuvent servir à atteindre les zones les plus isolées.

Des stocks de contingence étaient déjà présents sur l’île et beaucoup de matériels vont arriver dans les prochains jours. Mais il va falloir désengorger la capitale, Port-au-Prince, et être en capacité d’acheminer cette aide à l’ensemble de la population. Etablir un accès logistique est un vrai défi.

Dans ces conditions, comment réussir à soigner tous les blessés ?

Cela passe par deux actions d’importance : fournir un support aux hôpitaux pour leur permettre d’augmenter leur capacité de prise en charge et envoyer des équipes mobiles pour référer les blessés aux centres de santé. Mais pour cela il faut d’importants moyens financiers, d’où notre appel à la solidarité internationale.

Sur cinq départements, nous avons recensé une dizaine d’hôpitaux, or on sait déjà que trois d’entre eux ont été détruits et que l’un d’eux n’est pas fonctionnel. Les six restants, eux, sont fonctionnels mais avec des moyens limités et avec des personnels plus ou moins en capacité de travailler puisque nombre d’entre eux ont été affectés par l’ouragan. Le pays, déjà très pauvre, est aujourd’hui dans une situation de vulnérabilité extrême.

La situation sanitaire laisse aujourd’hui craindre une situation catastrophique…

Haïti est déjà soumis à une forme endémique de choléra et de dengue. Et suite au passage de l’ouragan, la population se retrouve au milieu d’eaux stagnantes et sales. Or dans ce contexte, de nombreux blessés qui n’ont pas encore été pris en charge risquent de voir leurs blessures s’infecter et de conduire à des cas de gangrènes, donc à des amputations et des handicaps durables. L’île est exposée à de forts problèmes sanitaires et l’urgence est pour nous de rétablir un accès à l’eau potable et de fournir une prise en charge adéquate aux blessés et de quoi assurer le quotidien à tous les autres.

Le bilan qui est aujourd’hui porté à notre connaissance est provisoire et sous-estimé, puisque les chiffres sont fournis par les centres de soins, or une grande partie de la population est totalement isolée et en incapacité de rallier les structures médicales. Il est à craindre que le bilan s’alourdisse considérablement : 750.000 personnes sont concernées, on ne peut pas les abandonner. La population haïtienne, déjà lourdement frappée par des catastrophes naturelles par le passé, subira les conséquences de l’ouragan Matthew pendant des années.