Maroc: Les islamistes remportent une nouvelle fois les législatives

LEGISLATIVES Le scrutin, qui s'est déroulé vendredi sans incident majeur, a été marqué par une forte abstention et des accusations de fraude...

20 Minutes avec AFP

— 

Les élections législatives marocaines se sont déroulées le 7 octobre 2016.
Les élections législatives marocaines se sont déroulées le 7 octobre 2016. — FADEL SENNA / AFP

Et de deux. Les islamistes du PJD, à la tête du gouvernement de coalition depuis cinq ans au Maroc, ont remporté les élections législatives, a annoncé samedi le ministère de l’Intérieur, au lendemain du vote. Et ce au terme d’une journée de vote sans incident majeur, mais marquée par une forte abstention et des accusations de fraude.

Sur un total de 395 sièges,

le Parti justice et développement (PJD) du Premier ministre Abdelilah Benkirane a obtenu 125 députés, contre 102 à son principal rival, le Parti authenticité et modernité (PAM, formation libérale fondée en 2008 par un proche conseiller du roi Mohammed VI et dirigé par Ilyas El Omari), qui se présentait comme un rempart « moderniste » contre « l’islamisation rampante », selon des résultats provisoires officiels, après le dépouillement complet des bulletins.

L’Istiqlal, le parti historique de la lutte pour l’indépendance, puis le Rassemblement national des indépendants (RNI), arrivent en troisième et quatrième position avec respectivement 45 et 37 députés. Huit autres partis se partagent le reste des sièges, dont la Fédération de la gauche démocratique (FGD), qui obtient deux députés.

Faible taux de participation

 

Le taux de participation s’est élevé à 43 %, soit plus de 6 millions de votants (sur une population de 34 millions) selon les chiffres donnés dans la nuit par le ministre de l’Intérieur, Mohammed Hassad, après le dépouillement de 90 % des bulletins.

n 2011, le PJD avait remporté une victoire historique, quelques mois après une révision constitutionnelle menée par Mohammed VI pour calmer le « mouvement du 20 février », la version marocaine du Printemps arabe. Parfois comparé aux Frères musulmans égyptiens (une comparaison qu’il récuse), le PJD est aujourd’hui la seule formation islamiste encore à la tête d’un gouvernement dans le monde arabe.

Au terme de cette journée de vote, il conforte sa position dominante sur l’échiquier politique marocain, où le roi, chef de l’Etat et « commandeur des croyants », reste néanmoins le seul décideur sur les questions stratégiques (l’international, la sécurité et l’économie).

Bilan en demi-teinte pour le PJD

Cinq ans au pouvoir n’ont donc pas émoussé la popularité du PJD. Avec un bilan en demi-teinte, ce parti organisé comme à la caserne, accusé par ses détracteurs de dissimuler un agenda islamiste dur, s’est bien gardé jusqu’à présent de légiférer sur les moeurs, et a cantonné son action à la sphère économique et sociale, sur un mode plutôt libéral et dans un contexte difficile.

Vendredi soir, le Premier ministre et secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, venu rencontrer les militants au siège de son parti à Rabat, a salué « un jour de joie et d’allégresse pour les Marocains ». « Malgré les manigances de certains, le peuple a voté en masse pour le parti. (…) Nos résultats sont excellents », s’est-il félicité.

En fin d’après-midi, le PJD avait demandé « l’intervention urgente » du ministère de l’Intérieur pour faire cesser les « abus » par des fonctionnaires de ce même ministère qui ont selon lui entaché le scrutin et visaient à favoriser le PAM. Le ministre Hassad a rejeté ses critiques et salué le « bon déroulement » de ce scrutin « transparent », qui s’est tenu conformément aux « directives de neutralité » du roi Mohammed VI. De son côté, le PAM a indiqué avoir « soumis une cinquantaine de plaintes » sur des irrégularités, beaucoup visant le PJD. Il s’est dit cependant « très satisfait du résultat » du vote.

Des alliances à nouer

Dans la mesure où le roi nomme le Premier ministre au sein du parti arrivé en tête des élections, le Premier ministre Benkirane devrait être reconduit à son poste.

PAM et PJD ont d’ores et déjà exclu toute alliance commune dans un futur gouvernement. Le PJD devra donc nouer plusieurs alliances pour former le prochain gouvernement. C’est déjà le cas pour sa majorité sortante, qui compte des communistes, des libéraux et des conservateurs.