Pourquoi le prix Nobel de la Paix récompense-t-il le président Colombien et pas le chef des Farc?

DISTINCTION Il faut pourtant être deux pour signer un accord de paix…

V.V.

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Rodrigo Londono, le leader des Farc.
Rodrigo Londono, le leader des Farc. — STR / AFP

« En décernant le prix de la paix cette année au président Juan Manuel Santos, le Comité Nobel souhaite encourager tous ceux qui s’efforcent de parvenir à la paix… » S’il était susceptible, Rodrigo Londono aurait pu se vexer à la lecture du communiqué diffusé, ce vendredi matin, par le Comité Nobel norvégien.

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Surnommé Timochenko, le leader des Farc n’a, lui, pas obtenu la plus prestigieuse des distinctions. Sa signature figure pourtant en bas de l’accord de paix signé le 26 août avec le président colombien. « C’est en effet notable que le Nobel ne soit remis qu’à une des deux parties ayant signé un accord de paix », relève Antoine Jacob, auteur de Histoire du prix Nobel (Editions François Bourin, 2012).

La signature du leader des Farc est celle de droite...
La signature du leader des Farc est celle de droite... - EFRAIN HERRERA / COLOMBIAN PRESIDENCY / AFP

Sadate et Begin, Mandela et De Klerk, Arafat et Peres…

Ce n’est surtout pas dans les habitudes du Comité Nobel depuis les années 1973. Cette année-là, Henry Kissinger, le président américain était distingué conjointement avecLe Duc Tho pour l’accord de paix au Vietnam. Même histoire en 1978 quand le comité norvégien a souhaité récompenser les efforts de paix entre l’Egypte et Israël en décernant son prix à Anouar Al-Sadate et Menahem Begin.

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Il y a eu aussi Nelson Mandela et Frederik De Klerk pour l’abolition de l’apartheid en Afrique du sud en 1993. Sans oublier Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin l’année d’après pour leurs efforts dans le conflit israélo-palestinien. Depuis 1998, le célèbre prix n’avait toutefois jamais récompensé un tandem censément opposé.

260.000 morts, 45.000 disparus, 7 millions de déplacés

« Récompenser les Farc au même titre que le président Colombien aurait toutefois pu discréditer le prix Nobel aux yeux d’une population qui a énormément souffert à cause des Farc », avance Antoine Jacob, en guise d’explication. Débuté il y a cinquante ans, le conflit avec les rebelles marxistes des Farc a causé la mort de 260.000 personnes, la disparition de 45.000 autres et le déplacement de plus de près de 7 millions de Colombiens. Un bilan que les rebelles ont toujours assumé, ce qui rend délicat l’attribution d’une récompense internationale.

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Interrogée par la radio colombienne, Fabiola Perdomo, une des représentantes des victimes dont le mari a été tué par les Farc a, de toute façon, tranché le débat en expliquant que « ce prix Nobel est pour tous ». Et elle semble avoir été entendue. Alors que l’accord de paix a été rejeté par le peuple colombien lors d’un référendum menaçant tout le fragile équilibre, le gouvernement colombien et la guérilla des Farc ont annoncé, après l’attribution du Nobel, qu’ils allaient maintenir, tout de même, leur « cessez-le-feu bilatéral et définitif ». La paix est donc bien le grand gagnant de la journée…