Ouragan Matthew: Pourquoi Haïti est-elle autant touchée par les catastrophes naturelles?

INTEMPERIES L'ouragan Matthew a dévasté Haïti cette semaine, alors que le pays se remet difficilement du séisme de 2010 particulièrement dramatique...

Oihana Gabriel

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Les Cayes, en Haïti, meurtri par l'ouragan Matthew, le 6 octobre 2016.
Les Cayes, en Haïti, meurtri par l'ouragan Matthew, le 6 octobre 2016. — Dieu Nalio Chery/AP/SIPA

Des centaines de morts, des villes détruites, des maisons noyées… Six ans après le terrible séisme de 2010, Haïti a une nouvelle fois payé le prix fort des caprices de la Terre, cette semaine, lors du passage de l’ouragan Matthew. Et c’est avec un sentiment de déjà-vu que se sont encore réveillés les Haïtiens ce vendredi… Pourquoi eux, encore ? Et pourquoi tant de dégâts ?

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S’il est difficile d’avoir des chiffres précis du nombre de décès, l’ouragan Matthew aurait déjà fait au moins 400 morts en Haïti, selon le sénateur haïtien Hervé Fourcan. Un bilan terrible, qui s’explique en partie par la force de l’ouragan, le premier cyclone à avoir atteint la catégorie 5 depuis 2007 dans l’Atlantique. Paradoxalement, sa progression a également été très lente : « Il y a une semaine, les Antilles étaient touchées par une onde tropicale, c’est-à-dire le niveau inférieur au cyclone, explique à 20 Minutes Pascal Scaviner, responsable du service prévisions à la Chaîne Météo. Mais elle a ralenti sa progression et pris de la force à la faveur de l’humidité de l’air et d’une température élevée de la mer pour se transformer en cyclone. » La lenteur de la progression de cet ouragan a donc accru les dégâts. Mais cela n’explique pas tout.

Carte d'Haïti, frappée par l'ouragan Matthew, début 2016.
Carte d'Haïti, frappée par l'ouragan Matthew, début 2016. - Thomas SAINT-CRICQ Jean Michel CORNU Gustavo IZUS / AFP

Une île sur la trajectoire des cyclones…

En septembre 2008, déjà, l’ouragan Hanna avait fait au moins 500 morts, suivi par les tempêtes Fay, Gustav, Hanna et Ike, qui ont provoqué la mort et la disparition de 1 100 personnes. « Septembre est toujours le pic de la période des cyclones dans la zone Caraïbes, puis ils déclinent en octobre », reprend Pascal Scaviner. Le problème, pour Haïti, c’est que l’île des Caraïbes se trouve justement sur la trajectoire de ces cyclones, pointe le prévisionniste : « Statistiquement, une partie des cyclones qui prennent naissance près du Cap Vert remontent vers le golfe du Mexique en passant par Haïti. »

… à l’intersection de plaques tectoniques…

L’autre caractéristique de l’île qui accroît sa vulnérabilité est à chercher du côté de la géologie. En effet, le terrible séisme de 2010, qui avait fait 300 000 morts et 300. 000 blessés, a rappelé que l’île est aussi menacée par les tremblements de terre. « On se trouve à l’intersection des plaques Caraïbes et Nord, qui évoluent d’un centimètre chaque année vers le Nord ou l’Est, souligne Pascal Scaviner. Haïti se trouve sur une faille créée par ces mouvements horizontaux. Les spécialistes soulignent d’ailleurs que cette faille pourrait à nouveau provoquer un séisme dans les cinq ou dix prochaines années. » Entre les cyclones et les séismes, le pays fait donc face à de multiples dangers. Selon l’Unicef, Haïti a le plus fort indice de risque de catastrophes naturelles dans le monde.

… et aux réponses inadaptées…

Mais ce n’est pas tout. Car les catastrophes naturelles prennent toujours plus d’ampleur dans les pays où la misère fait rage. Or Haïti est le pays le plus pauvre du monde. Selon l’Unicef, 78 % de la population haïtienne vit sous le seuil de pauvreté absolue et 56 % dans une pauvreté extrême. Par ailleurs, il a la plus forte densité de population dans la région (soit 353 personnes au km2). Avec des abris de fortune en tôle, très peu d’infrastructures pour faire face à ces catastrophes, la population n’est malheureusement pas protégée ou préparée pour faire face à ces catastrophes naturelles.

Le cercle est vicieux. « La multiplication des séismes et des cyclones ne fait qu’augmenter cette pauvreté et cette vulnérabilité, reprend Pascal Saviner. Dans la partie sud et ouest de l’île, la plus peuplée, tout ce qui est reconstruit est partiellement détruit. D’autant que tout ce qui a été endommagé en 2010 lors du séisme n’a pas été réparé, loin de là. Il faudrait que les reconstructions soient plus rapides et la population mieux répartie sur l’île, sans quoi les catastrophes naturelles risquent d’être de plus en plus dramatiques. »

Autre problème de taille : la déforestation, qui a atteint près de 98 % du territoire, provoquant une érosion importante des sols. Or, lors d’ouragan et de crues, la pluie emporte tout sur son passage et dévaste les cultures. Ce qui a des conséquences désastreuses, surtout dans un pays où 40 % de la population souffre d’insécurité alimentaire.