Corée du Nord: Pourquoi des hauts responsables fuient-ils le pays?

DICTATURE Plusieurs membres de l’élite nord-coréenne ont fait défection ces derniers mois…

Céline Boff

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Des visiteurs observent le territoire nord-coréen depuis la Corée du Sud, près de la frontière à Paju, en février 2016.
Des visiteurs observent le territoire nord-coréen depuis la Corée du Sud, près de la frontière à Paju, en février 2016. — Auteurs : Ahn Young-joon/AP/SIPA

Et une nouvelle défection. Un haut responsable nord-coréen installé à l’ambassade à Pékin a disparu avec sa famille fin septembre, rapporte cette semaine l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

Des Nord-Coréens qui fuient leur pays, le phénomène n’est pas nouveau : « Ils étaient des centaines à le faire il y a 20 ans, ils sont des milliers à présent », assure Pascal Dayez-Burgeon, ancien diplomate en Corée et directeur adjoint de l’Institut des sciences de la communication du CNRS. Les statistiques officielles manquent mais les estimations font état de 30 000 transfuges nord-coréens installés en Corée du Sud et de 1 200 à 2 000 installés en Europe.

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Ce qui est plus surprenant dans les défections de ces derniers mois, c’est que plusieurs sont le fait de hauts responsables et pas seulement de Nord-Coréens fuyant la misère. La plus notable s’est produite au cours du mois d’août, quand l’ambassadeur adjoint en Grande-Bretagne est passé en Corée du Sud.

« Cela faisait une vingtaine d’années qu’un diplomate de ce rang appartenant qui plus est à une famille historiquement proche de la dynastie Kim, n’avait plus fait défection », note Olivier Guillard, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

« Une purge est sans doute en cours »

Mais que pouvons-nous en conclure ? Pour Pascal Dayez-Burgeon, il faut se montrer prudent dans la mesure où « les informations proviennent toujours de Corée du Sud ». Or, poursuit le chercheur, « le pouvoir sud-coréen a l’habitude d’attirer l’attention sur les défections nord-coréennes lorsqu’il est confronté à un problème de politique intérieur ». Ce qui est le cas actuellement, la décision de Park Geun-Hye, la présidente sud-coréenne, d’installer sur le sol sud-coréen un système antimissile américain n’étant pas soutenue par l’opinion publique.

Dans ces conditions, « il est difficile de savoir si les défections de hauts responsables nord-coréens sont réellement en hausse ou si elles sont seulement davantage mises en avant », analyse Pascal Dayez-Burgeon.

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Selon lui, ce que l’on peut tout de même conclure des cas avérés de défections de hauts responsables, « c’est qu’une purge est sans doute en cours ». Chose habituelle à Pyongyang, « où de nombreux clans s’affrontent. Ceux qui perdent sont éliminés, c’est-à-dire tués. Le régime a toujours fonctionné ainsi, avec des purges organisées environ tous les cinq ans », souligne le chercheur.

Rien ne permet donc de conclure à un affaiblissement du système dirigé par Kim Jong Un. Pour Pascal Dayez-Burgeon, « ce dernier a au contraire réussi son pari atomique mais également son pari économique : la région de Pyongyang est désormais électrifiée, la population a accès à la nourriture et même aux téléphones portables – 60 % des habitants seraient équipés en mobiles ».

Aucune opposition politique

Si les infrastructures – routes, voies de chemins de fer, etc. – fonctionnent mal, « la Corée du Nord n’est plus dans une situation économique aussi catastrophique qu’elle ne l’était il y a 20 ans ».

Cette évolution n’empêche pas les défections vers la Corée du Sud, même si ces dernières ralentissent : moins d’un millier de personnes ont fui le pays en 2016, contre près de 3 000 en 2009, selon l’Iris.

Reste que la chute du régime dictatorial n’est (toujours) pas à l’ordre du jour, aucun pays étranger ne souhaitant s’engager dans ce conflit et aucune opposition politique n’étant installée. Comme le souligne Pascal Dayez-Burgeon, « même depuis l’étranger, aucun Nord-Coréen n’a jamais essayé de créer un parti alternatif au pouvoir en place ».