VIDEO. Les Colombiens rejettent l'accord de paix avec les Farc

COLOMBIE Le « non » l’emporte de peu au référendum sur le texte qui devait mettre fin à un conflit armé déchirant le pays depuis 52 ans…

M.C.

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Dépouillage des votes après le référendum sur le traité de paix avec les Farc en Colombie, le 2 octobre 2016.
Dépouillage des votes après le référendum sur le traité de paix avec les Farc en Colombie, le 2 octobre 2016. — LUIS ROBAYO / AFP

Une issue inattendue. La majorité des Colombiens a rejeté dimanche l’accord de paix avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) lors d’un référendum serré, mais dont les résultats quasi définitifs remettent en cause ce texte qui devait mettre fin à un conflit armé déchirant la Colombie depuis 52 ans.

Le « Oui » a recueilli quelque 6,3 millions de voix, soit bien au-delà du minimum de 4,4 millions de voix requis (13 % de l’électorat). Mais pour l’emporter, il devait dépasser le « Non » qui a en fait atteint les 6,4 millions. Ce rejet était inattendu, plusieurs sondages donnant depuis des semaines le « Oui » largement en tête. Il enregistrait ainsi 55 % ou 66 % selon les instituts.

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Si le « Non » l’emporte, les guérilleros « retournent dans la jungle »

Le président Juan Manuel Santos a reconnu la défaite dimanche soir, affirmant cependant : « Je ne me rendrai pas et continuerai à rechercher la paix ». Il a affirmé que « le cessez-le-feu et l’arrêt des hostilités bilatéral et définitif reste valide et restera en vigueur » comme il l’a été depuis son entrée en application le 29 août, quelques jours après la conclusion des accords à La Havane, signés le 26 septembre par lui-même et par le chef des Farc, Timoleon Jiménez ou Timochenko. Ce dernier a assuré de son côté que la guérilla maintenait « sa volonté de paix ». Les Farc réitèrent leur « disposition à ne faire usage que de la parole comme arme de construction de l’avenir », a-t-il affirmé.

L’accord de paix entendait mettre fin à la plus ancienne confrontation armée des Amériques qui, au fil des décennies, a impliqué diverses guérillas d’extrême gauche, des milices paramilitaires d’extrême droite et les forces de l’ordre, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Le gouvernement avait plusieurs fois déclaré ne pas avoir de plan B en cas d’échec du « Oui » et il a, comme les Farc, écarté toute éventualité de renégociation de l’accord. En septembre, Juan Manuel Santos avait même averti que si le « Non » l’emportait, les guérilleros « retournent dans la jungle ».

« C’est absurde de récompenser des criminels narco-assassins »

L’accord visait à ce que les Farc, nées en 1964 d’une insurrection paysanne et qui comptent encore 5.765 combattants, se convertissent en parti politique après avoir remis leurs armes à l’ONU, qui a déjà vérifié la destruction samedi de 620 kg d’explosifs.

Opposant féroce à l’accord, l’ex-président de droite et actuel sénateur Alvaro Uribe (2002-2010) l’a à nouveau fustigé dimanche. « La paix est enthousiasmante, les textes de La Havane décevants », a-t-il lancé, en exprimant sa « gratitude » aux Colombiens « qui ont dit « Non » ».

Les opposants dénoncent notamment un « laxisme » des sanctions prévues contre les auteurs des crimes les plus graves, et la participation des guérilléros démobilisés à la vie politique, craignant un « castro-chavisme » inspiré des régimes cubain et vénézuélien. José Gomez, un retraité de 70 ans, se disait ainsi « pour le « Non » car c’est absurde de récompenser des criminels narco-assassins, qui ont fait de ce pays un désastre ».

En dépit de la surprise causée par le résultat, cette consultation a été la « plus tranquille de l’histoire en matière de sécurité et d’ordre public », selon le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas. François Hollande a toutefois exprimé ce lundi « son plein soutien » à Santos après le rejet de l’accord avec les Farc.