Liban: «Nous sommes prêts à mourir»

LIBAN Alors que le Liban se prépare à élire le successeur du pro-syrien Emile Lahoud, les députés de la majorité parlementaire sont retranchés dans un hôtel de Beyrouth...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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A Beyrouth, le 2 novembre 2007
A Beyrouth, le 2 novembre 2007 — Reuters

«Etre en tête de la liste noire du régime syrien, c’est bon pour mon prestige», lance avec cynisme Wael Bou Faour, un député druze proche de Walid Joumblatt, pilier de la majorité parlementaire libanaise. Comme lui, quarante députés libanais vivent cloîtrés au Phoenicia, un hôtel de luxe du front de mer de Beyrouth, depuis l’assassinat d’Antoine Ghanem le 19 septembre dernier. «Nous ne sortirons d’ici que lorsque le prochain président de la République sera élu», poursuit le député.

Un vote vraisemblablement reporté
Le Liban entre en effet dans la dernière ligne droite avant l’élection du successeur du pro-syrien Emile Lahoud. Le vote au Parlement, prévu lundi 12 novembre, sera selon toute vraisemblance reporté une troisième et dernière fois : l’ultime délai correspondra à la fin du mandat de Lahoud, soit le 23 novembre à minuit.

En attendant, les députés de la majorité, dont quatre d’entre eux ont déjà été assassinés, attendent le jour J pour revoir la lumière du soleil. Dans cet hôtel feutré, tous les rideaux sont tirés, et les gardes du corps forment des remparts à chaque couloir.

Dignes de confiance, même en cuisine
L’hôtel Phoenicia a donc pris des allures de camp retranché où les mesures de sécurité sont très strictes. Vendredi midi, des cageots de pieuvres et de bars – au menu du soir – sont passés aux rayons X. «Les Forces de sécurité intérieures (FSI) protègent le bâtiment à l’extérieur. Les employés de l’hôtel travaillant pour nous sont tous dignes de confiance, en particulier aux cuisines, assure Bou Faour. Nos repas sont goûtés préalablement.»

Selon lui, le régime syrien, responsable de la vague d’assassinats depuis 2005, continuera «son tir aux pigeons» tant qu’il ne sera pas réellement inquiété par la communauté internationale.

«Certains d’entre nous mourrons, mais nous n’avons pas d’autres choix», affirme Ammar Houri, député sunnite de Beyrouth appartenant au bloc parlementaire de la famille Hariri. Si les députés vivent dans une prison dorée, ils ne restent pas inactifs. « Nos agendas sont saturés, entre nos réunions politiques ou les interviews avec les journalistes, raconte Houri qui affirme bien dormir la nuit malgré la pression actuelle. Nous passons nos rares temps libres dans la salle de gym.»

Sacrifices
La plupart d’entre eux souffrent néanmoins de la séparation familiale, leurs proches étant eux aussi reclus chez eux ou partis à l’étranger jusqu’à la fin de la crise. «Ma femme est enceinte, je la vois rarement, confie Bou Faour. Mais je suis prêt pour des sacrifices bien plus grands, quitte à perdre la vie pour la souveraineté de mon pays.»

A deux semaines de la fin du mandat d’Emile Lahoud, la paralysie politique reste intacte, malgré les rencontres entre ténors des camps opposés. «Nous devons avoir le courage d’élire un président issu de la majorité, quelles que soient les conditions, explique le député druze. Un président neutre ou issu d’un compromis avec l’opposition pro-syrienne serait une défaite pour nous.» Son collègue sunnite compare 2007 à 1943, date de l’indépendance du Liban: «Nous sommes en train de conquérir notre deuxième indépendance. Nous écrivons l’histoire du Liban en lettre d’or».