Donald Trump est-il vraiment une menace pour la démocratie?

ETATS-UNIS S'il est élu, le républicain jouira d'un pouvoir présidentiel largement renforcé depuis le 11-septembre...

Philippe Berry

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Le candidat républicain Donald Trump lors d'un meeting en Floride, le 27 septembre 2016.
Le candidat républicain Donald Trump lors d'un meeting en Floride, le 27 septembre 2016. — J.LOCHER/AP/SIPA

20 janvier 2017. Donald Trump prête serment et devient le 45e président américain. Dans la foulée, il dégaine des décrets et expulse 11 millions de sans-papiers, interdit aux musulmans l’entrée sur le territoire américain et modifie les lois sur la liberté de la presse pour faire de l’insulte à la présidence un délit passible de prison. Politique-fiction ? Pas forcément.

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Sur le papier, des garde-fous existent dans la constitution américaine. Mais dans la pratique, « le président, même s’il n’est pas un roi ou un dictateur, fait ce qu’il veut ou presque », note Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’American University de Washington, auteur du livre Power Without Constraint (Le Pouvoir sans limite).

Les dérives de la guerre contre la Terreur

Rejetant la monarchie, les pères fondateurs ont donné aux trois branches du pouvoir (présidentielle, législative et judiciaire) des moyens pour contrôler les deux autres. C’est le système « checks and balance », qui s’inspire de la philosophie de Montesquieu. Mais parce qu’ils voulaient un régime présidentiel fort, les 13 colonies ont fourni au « commandant en chef » le pouvoir de légiférer par décrets en se passant du Congrès, souvent en temps de crise. Lincoln y a eu recours pour la guerre de Sécession, Truman pour le conflit en Corée. « Mais la situation a empiré après le 11-septembre », selon Edelson.

Au nom de la « guerre contre la Terreur », George W. Bush a légalisé en secret le recours à la torture et mis les Américains sur écoute. Barack Obama, qui avait dénoncé « le faux choix entre les libertés et la sécurité », a autorisé les assassinats de citoyens américains suspectés de terrorisme à l’étranger. Un président s’appuie sur une équipe d’avocats du département de la Justice, le bureau du conseil légal, qui rédige des mémos souvent secrets créant un cadre légal pour ses actions.

Quand Philip Zelikow, un conseiller juridique de l’ancienne secrétaire d’Etat de George Bush, Condoleezza Rice, a émis un avis contraire sur la légalité du waterboarding, la Maison Blanche a détruit toutes les copies de son rapport. « C’est le problème du système checks and balance, il ne peut fonctionner qu’avec de la transparence », relève Chris Edelson.

La Cour suprême en ultime recours

Face à ce pouvoir présidentiel renforcé, de nombreux journaux américains se mobilisent contre Donald Trump. Selon la rédaction du Washington Post, le candidat républicain, qui admire les « qualités de leader » de Vladimir Poutine et ne semble pas saisir la complexité des relations internationales « représente une menace unique pour la démocratie ».

Phillip Ardoin, professeur de sciences politiques à Appalachian state university, estime toutefois que le Congrès et la majorité des deux tiers « limiteraient la capacité de Donald Trump d’appliquer certaines de ses propositions ». En dernier recours, « la Cour suprême peut annuler un décret en conflit avec la Constitution », par exemple, si elle décide qu’une interdiction de l’immigration musulmane enfreint le premier amendement sur la liberté de religion. Mais au final, le contre-pouvoir le plus fort reste « entre les mains du peuple », conclut Chris Edelson. « Les électeurs peuvent s’assurer que Donald Trump ne devienne jamais président. »