La bataille de Mossoul est imminente et elle s'annonce compliquée

GUERRE La bataille de Mossoul, qui pourrait débuter en octobre, est fondamentale dans la reconquête de l'Irak...

Oihana Gabriel
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Artillerie irakienne entre Markhmour et Qayyarah a 70 km au sud de Mossoul. tir de canon sur les positions de Daesh.
Artillerie irakienne entre Markhmour et Qayyarah a 70 km au sud de Mossoul. tir de canon sur les positions de Daesh. — Laurence Geai/SIPA

La bataille de Mossoul va-t-elle débuter plus tôt que prévu ? Alors qu’elle devait intervenir avant la fin de l’année, cette étape cruciale dans la reconquête du territoire irakien occupé par Daesh pourrait bien  commencer dès début octobre. C’est ce qu’a annoncé ce mercredi le chef d’état-major interarmées américain. Pourquoi ? 20 Minutes fait le point.

De longs préparatifs. La coalition, en lien avec les combattants sur place, organise depuis des mois cette offensive. François Hollande a annoncé mardi depuis New York que la batterie d’artillerie fournie par la France à l’armée irakienne se situait au nord de Mossoul, « prête à servir pour la reconquête » de la ville. « Le groupe d’artillerie est déployé avec des canons Caesar, le porte-avions a repris son entraînement et appareillera d’ici à la fin du mois de septembre pour rejoindre la Méditerranée orientale », ajoute-t-on à l’état-major des armées. Début septembre, 400 militaires américains supplémentaires ont été envoyés pour rejoindre les 4.000 Américains déjà en Irak. Sur place, les choses bougent également. Les forces irakiennes ont avancé mardi vers Charqat en vue de l’offensive sur Mossoul, dernière grande ville aux mains des djihadistes. C’est d’ailleurs à eux que reviendra la décision d’attaquer : « Le lancement de l’opération est désormais vraiment une décision politique du Premier ministre irakien, Haider al-Abadi », a estimé le chef des armées américaines mercredi. Ce qui permettrait à l’armée irakienne de faire « son grand retour », analyse Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak. De leur côté, les Etats-Unis ont « clairement intensifié leurs frappes », ajoute la chercheuse. Non sans intérêt : « Barack Obama veut boucler sa présidence en ayant remporté une victoire sur Daesh. »

Des combats complexes. Si les annonces se multiplient et la coalition se montre confiante, les combats s’annoncent difficiles. « Il faut rester prudent, nuance Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Mossoul est une ville qui concentre entre un et deux millions d’habitants et les combats vont être compliqués. » Et meurtriers. Daesh, implanté depuis deux ans, a pour habitude de se cacher parmi les civils. Mais la coalition pourrait compter sur le soutien de ces populations. « Selon nos sources à l’intérieur de Mossoul, il existe un vaste mouvement de rejet de Daesh chez les civils », assure Myriam Benraad, de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman. Autre risque : « Sur le terrain, il y a trois sortes de combattants : les Kurdes, l’armée irakienne et les milices chiites financées par l’Iran, ajoute Alain Rodier. Or il n’y a pas assez de coordination entre ces trois forces. »

L’épineuse question de l’après. Mais cette bataille, symbole d’une entente entre les différentes parties de la coalition, inquiète également pour ses conséquences. D’abord sur la réaction de Daesh. « Même s’ils perdent cette bataille, les combattants de Daesh éclateront dans la nature, prévient Alain Rodier. En revanche, une défaite pourrait décourager les volontaires étrangers à rejoindre la zone. D’autre part, quand ils subissent des revers militaires, ils contre-attaquent là où on ne les attend pas sur l'arrière, poursuit le spécialiste. Ils savent que les troupes gouvernementales irakiennes et syriennes manquent de combattants et défendent des lignes trop étendues. » Mais surtout, le mouvement pourrait se venger en multipliant les attentats. « Depuis le début, Daesh s’est construit sur deux principes : construction d’un état et globalisation, résume Myriam Benraad. En perdant leur base locale, on peut s’attendre à une amplification de leur stratégie mondiale : pousser des combattants partout à perpétrer des actes terroristes. »

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Plus globalement, un succès ne peut passer que par l’entente durable des troupes hétéroclites qui combattent Daesh. « Le véritable enjeu n’est pas la victoire, mais la gouvernance de la zone post-Daesh, martèle Myriam Benraad. Il faut recréer les conditions d’un état fort pour que l’organisation terroriste ne puisse pas revenir. » Or les intérêts des Kurdes s’opposent à ceux du pouvoir irakien, les populations sunnites aux milices chiites… Et plus largement, la zone suscite bien des intérêts… contradictoires. En finançant les milices chiites, l’Iran veut écarter l’influence de l’Occident d’un côté, et celle des puissances sunnites (Arabie saoudite et Turquie) de l’autre. « Pour le moment, la coalition et l’Iran travaillent ensemble pour reprendre Mossoul, souligne Alain Rodier. Mais cette bataille peut amplifier l’opposition entre Ryad et Téhéran pour l’influence dans la région. Il faut prévoir l’après. »

Carte de la situation en Syrie et en Irak.
Carte de la situation en Syrie et en Irak. - AFP