Attentats à New York: L'efficacité de la police saluée mais celle du renseignement critiquée

ETATS-UNIS Le suspect a été arrêté un peu plus de 48 heures après la première explosion mais plusieurs éléments suspects ne semblent pas avoir alerté les autorités...

Philippe Berry

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Un policier à New York le 19 septembre 2016, deux jours après l'attentat qui a fait 29 blessés dans le quartier de Chelsea.
Un policier à New York le 19 septembre 2016, deux jours après l'attentat qui a fait 29 blessés dans le quartier de Chelsea. — Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Tout est allé très vite. Entre la première explosion, samedi matin, dans une poubelle de Seaside Park, dans le New Jersey, et l’arrestation du suspect, Ahmad Khan Rahami, lundi, moins de cinquante heures se sont écoulées. Vidéosurveillance, analyses ADN, appel à témoins envoyé à toute la population via une alerte smartphone, coopération inter-agences… L’enquête a été rondement menée. Mais lundi soir, de nombreuses questions subsistaient sur les ratés apparents des services de renseignement.

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Première étape : L’identification du suspect

Le suspect a été identifié dimanche après-midi, selon CNN. Une empreinte digitale retrouvée sur une cocotte-minute qui n’a pas explosé, dans le quartier de Chelsea, à New York, samedi soir, a été un élément crucial, ainsi qu’un smartphone attaché à l’engin explosif.

Grâce à des images de vidéosurveillance, le FBI a acquis la certitude que Rahami était impliqué dans les attaques de Seaside et de Chelsea, et dans les « pipe bombs » (bombes-tuyau) rudimentaires retrouvées dans une poubelle devant la gare d’Elizabeth, dans le New Jersey, dimanche.

Deuxième étape : l’appel au public

A 7h30 lundi matin, alors qu’ils se rendent au travail ou vont à l’école, des millions de New Yorkais reçoivent une alerte sur leur smartphone. « Recherché : Ahmad Khan Rahami. Homme de 28 ans. Voir les médias pour photos. Appelez le 911 si vu. »

Il s’agit d’un système de 2012 mis en place par les autorités en partenariat avec les opérateurs. Ces derniers peuvent envoyer trois types d’alertes : pour des enlèvements, des catastrophes naturelles ou un danger imminent ou un message présidentiel. Visiblement, le système ne permet pas de mettre une photo, mais le FBI et la police du New Jersey ont publié quatre images différentes du suspect sur Twitter, avec des cheveux et une barbe plus ou moins courts.

Rahami était connu des autorités pour un conflit entre la mairie locale et le restaurant familial, mais cet Afghan naturalisé américain n’avait jamais fait l’objet d’une enquête liée au terrorisme, a indiqué le FBI.

Troisième étape : L’arrestation

Vers 10h30, le propriétaire d’un bar, Harinder Bains, raconte à CNN qu’il a aperçu un homme endormi devant son établissement, Merdie’s tavern. Il a reconnu le suspect et immédiatement prévenu les autorités.

Des agents de police arrivent vers 10h45. Rahami ouvre le feu et les officiers ripostent. Le suspect est touché. Il est alors arrêté, blessé mais en vie, et transporté à l’hôpital. Deux policiers sont légèrement blessés. Le premier a été protégé par son gilet pare-balles et le second légèrement coupé au front par des éclats de verre.

« Nous avons désormais toutes les raisons de penser que l’attaque est un acte de terrorisme », a déclaré le maire de New York, Bill de Blasio, après l’arrestation. Mais selon les autorités, il n’y a « aucun signe » que le suspect fasse partie d’une cellule, et aucune autre personne n’est recherchée dans l’immédiat.

Le nouveau patron de la police new-yorkaise, James O’Neill, qui a pris ses fonctions lundi, s’est félicité de la rapidité de l’enquête. Il a notamment souligné l’importance des alertes envoyées à la population. Selon lui, « c’est le futur ».

Quatrième étape: Les questions sur les ratés du renseignement

Son père avait pourtant alerté les autorités en 2014, affirmant que son fils était un terroriste, affirme le New York Times. Rahami avait alors fait l'objet d'une enquête qui n'avait rien donné. Selon des sources de CNN, le suspect a effectué une demi-douzaines de voyages en Afghanistan et s'était marié au Pakistan en 2011. Il était retourné y vivre pendant 11 mois en 2013-2014, dans une zone contrôlée par les talibans. Sur Facebook, son frère avait également posté des images de propagande djihadiste. Et Donald Trump demande, comme après San Bernardino, comment le suspect «est-il passé au travers des mailles du filet?»