Présidentielle américaine: Les Russes peuvent-ils pirater l'élection?

Cybersécurité Le parti démocrate américain affirme avoir été à nouveau piraté et accuse la Russie d’être de mèche avec les républicains...

Florence Floux

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Un photomontage de photos de la candidate démocrate à la Maison Blanche Hillary Clinton, le 15 juillet 2016 et de son rival républicain Donald Trump, le 13 juin 2016
Un photomontage de photos de la candidate démocrate à la Maison Blanche Hillary Clinton, le 15 juillet 2016 et de son rival républicain Donald Trump, le 13 juin 2016 — dsk AFP

Les Russes ont-ils encore frappé ? Mardi, le camp démocrate a accusé la Russie d’avoir à nouveau piraté ses serveurs informatiques. En juillet déjà, les soupçons des services de renseignement américains s’étaient tournés vers des agences russes, après la divulgation de mails internes du parti démocrates sur WikiLeaks. Révélations qui avaient un peu perturbé la primaire du parti.

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Donald Trump n’avait pas tardé à « plaisanter » sur le sujet à la tribune, appelant les Russes, s’ils écoutaient, à retrouver les milliers de mails effacés par Hillary Clinton. La disparition de  courriels supprimés par l’ancienne secrétaire d’Etat avait été constatée par le FBI lors d’une enquête fédérale sur la mort de l’ambassadeur américain à Benghazi, en Libye en 2012.

Trump et Poutine, une admiration réciproque

Il n’en fallait pas plus pour que le camp d’Hillary Clinton accuse la Russie d’être de mèche avec les républicains. « Les Russes ne font pas mystère de leur souhait de voir gagner Donald Trump. Le candidat républicain n’a pas cessé d’affirmer son admiration pour Vladimir Poutine, et inversement », note Nicole Bacharan, politologue spécialiste des Etats-Unis. D’autant que le programme de politique étrangère de Trump a de quoi séduire Poutine : un affaiblissement de l’Otan et une conception plutôt tolérante de ce qui se passe actuellement en Crimée et en Ukraine…

Le président russe a clairement un passif avec Hillary Clinton. Leurs relations étaient particulièrement tendues lorsque la candidate démocrate occupait le poste de secrétaire d’Etat. « Elle était chargée par Barack Obama de faire redémarrer les relations avec la Russie sur de nouvelles bases. Ça a été un échec. Poutine dirige avec un machisme inimaginable », rappelle Nicole Bacharan.

Dr Hacking and Mr Vlad ?

Les Russes auraient donc bien intérêt à voir gagner Donald Trump. Les démocrates en sont en tout cas convaincus, d’après les déclarations de Donna Brazile, présidente par intérim du Comité national démocrate (DNC) : « Il y a une seule personne à qui bénéficient ces actes criminels et c’est Donald Trump. »

Pour Gérome Billois, expert en cybersécurité au cabinet Wavestone, « il semble que des faisceaux d’indices pointent effectivement vers la Russie dans le cadre de ces piratages. Notamment le fait qu’une cyberattaque semblable attribuée aux Russes a été réalisée contre le parlement allemand en 2015 ». L’expert en cybersécurité rappelle cependant qu’en matière de hacking, aucune certitude absolue n’existe jamais.

Peur sur le scrutin

Pour autant, il semblerait que le niveau de sophistication de ces piratages pointe également vers le gouvernement russe plutôt qu’un individu isolé, même si les deux scénarios sont possibles. « Actuellement, aux Etats-Unis on redoute que le scrutin en lui-même soit piraté, avec les votes électroniques », estime Nicole Bacharan.

« Il existe plusieurs façons de hacker une élection : pirater les listes électorales par exemple, pour pouvoir la modifier en supprimant des noms, ou alors prendre le contrôle des machines électorales, qui sont de plus en plus connectées », indique Gérome Billois. Autre problème : le vote électronique rend impossible le recomptage, en cas de hacking, contrairement aux bulletins papier. Dans tous les cas, le temps presse pour vérifier la solidité des systèmes des machines électorales : les votes à distance commencent dès la fin du mois de septembre.