Pakistan : 1.500 personnes arrêtées

ETAT d'URGENCE Avocats, magistrats, opposants politiques...

D'après AFP

— 

Des policiers et des unités paramilitaires ont été déployés dimanche autour des centres du pouvoir au Pakistan depuis la proclamation la veille de l'état d'urgence par le président Pervez Musharraf, selon des témoins.
Des policiers et des unités paramilitaires ont été déployés dimanche autour des centres du pouvoir au Pakistan depuis la proclamation la veille de l'état d'urgence par le président Pervez Musharraf, selon des témoins. — Aamir Qureshi AFP

Finalement, le président pakistanais Pervez Musharraf ne quittera pas la tête de l'armée, comme il s’y était pourtant engagé. Une des nombreuses conséquences de l’instauration de l’état d’urgence par le même Musharraf samedi soir.

A venir, une interview d'un spécialiste de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris)...

«Le président Musharraf avait donné sa promesse à la Cour suprême qu'il enlèverait son uniforme avant de prêter serment (comme président réélu, ndlr), mais dorénavant, à cause de la proclamation de l'état d'urgence, cette hypothèse ne tient plus», a déclaré à l'AFP le ministre-adjoint de l'Information Tariq Azeem.

Le gouvernement a aussi démenti lundi des rumeurs insistantes à travers le pays selon lesquelles le président Pervez Musharraf aurait été assigné à résidence par le chef adjoint des armées. «Ce n'est pas vrai. Il n'y a aucune vérité là-dedans. Il se trouve à Aiwan-e-Sadr (le palais présidentiel) et il a rencontré des diplomates étrangers», a affirmé à l'AFP un porte-parole gouvernemental.

Répression

Dans le même temps, environ 1.500 personnes, dont des avocats, des magistrats, des responsables et des militants de partis politiques, ont été arrêtés ou placés en résidence surveillée depuis l'instauration de l'état d'urgence.

Dans la province du Pendjab, la plus peuplée des quatre provinces composant le Pakistan, quelque 700 personnes, des avocats pour la plupart, ont été placés en détention préventive ou sont assignés à résidence.

Dans la province méridionale du Sind, ce sont environ 500 personnes qui ont subi le même sort. Le reste des arrestations ont eu lieu dans les deux autres provinces, le Baloutchistan (sud-est) et la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), qui longe la frontière afghane à l'ouest.

Des policiers et des paramilitaires ont bouclé les abords de la Haute cour de justice de Karachi, la capitale économique du sud du Pakistan, et ont donné la charge sur un groupe d'avocats rassemblés devant le bâtiment avant d'en arrêter une centaine, selon un juge à la retraite de la Haute cour. Ils manifestent contre l'instauration de l'état d'urgence.

«Frappés sans pitié»

«C'est la première fois dans l'histoire du Pakistan qu'un si grand nombre d'avocats sont interpellés», s’est indigné le juge Rashid Razvi. «Selon mes informations, plus de cent avocats ont été arrêtés à Karachi».

Tout près de la capitale pakistanaise, Islamabad, à Rawalpindi, cinq avocats ont été «frappés sans pitié» alors qu'ils chantaient des slogans hostiles au gouvernement devant le tribunal de cette ville de garnison à 15 km d'Islamabad, selon une l'avocat. Sur place, la police a interdit aux journalistes de prendre des photos.

Cour suprême bloquée

En proclamant l'état d'urgence, le président Pervez Musharraf a suspendu la Constitution et imposé des restrictions aux médias. A Islamabad, les rues d'accès la Cour suprême étaient bloquées pour empêcher le rassemblement prévu d'avocats devant le bâtiment de la plus haute juridiction du pays, symbole de l’opposition au président pakistanais.