Bernard Kouchner discute avec son homologue syrien

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Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a entamé mercredi une visite en Chine pour des entretiens sur les dossiers "chauds", comme la Birmanie et l'Iran, mais aussi pour préparer la première visite à Pékin du président Nicolas Sarkozy à la fin novembre.
Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a entamé mercredi une visite en Chine pour des entretiens sur les dossiers "chauds", comme la Birmanie et l'Iran, mais aussi pour préparer la première visite à Pékin du président Nicolas Sarkozy à la fin novembre. — Pornchai Kittiwongsakul AFP
Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et son homologue syrien Walid Mouallem se rencontrent vendredi à Istanbul. Notre questions-réponses pour comprendre:
 
Pourquoi cette rencontre est-elle exceptionnelle?

 
C'est le premier entretien à ce niveau entre les deux pays depuis l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, le 14 février 2005. Assassinat imputé à la Syrie, à la suite duquel les relations franco-syriennes avaient été rompues, Rafic Hariri étant un ami personnel de Jacques Chirac. La rencontre est d'autant plus spectaculaire que Bernard Kouchner est un atlantiste assumé et que les Etats-Unis entretiennent des relations très conflictuelles avec la Syrie qu'ils accusent de déstabiliser la région, notamment en Irak.
 
Dans quel contexte s'inscrit cette rencontre?
 
Le Liban est plongé dans une grave crise depuis la démission des ministres chiites du gouvernement de Fouad Siniora en novembre 2006. L'élection présidentielle a été reportée à deux reprises, faute de consensus sur un successeur au président pro-syrien Emile Lahoud, dont le mandat s'achève le 24 novembre. La majorité parlementaire anti-syrienne reproche à l'opposition dirigée par le Hezbollah chiite d'être soumise aux diktats de Damas et Téhéran, tandis que celle-ci accuse le pouvoir en place d'être inféodé à Washington et à Paris.
 
Sur le dossier israélo-arabe, Paris comme Washington aimerait que la Syrie participe à la conférence de paix prévue à Annapolis aux Etats-Unis en novembre. Damas est pourtant loin d'être sûr de pouvoir récupérer, comme elle le souhaiterait, le plateau du Golan occupé par Israël.

Cette rencontre est-elle une surprise?
 
Elle était prévue. Jean-Claude Cousseran, l'émissaire personnel de Bernard Kouchner, s'était entretenu dimanche dernier avec le vice-président syrien, Farouk al-Chareh, et Walid al-Moallem. A l'issue de la rencontre, le ton se voulait apaisé, Damas affirmant que les points de vue avec Paris étaient «identiques» sur la nécessité d'un «président de compromis» au Liban. Une première rencontre entre Kouchner et Mouallem avait été prévue en marge d'une conférence internationale sur l'Irak fin septembre mais annulée après l'assassinat du député anti-syrien libanais Antoine Ghanem.
 
Pourquoi la diplomatie française souhaite-t-elle renouer avec les Syriens?
 
Nicolas Sarkozy, contrairement à son prédécesseur, n'entretient pas de liens personnels avec un clan au Liban. Ce qui lui permet d'être plus libre dans ses relations avec la Syrie. Lors de son voyage au Maroc, le président de la République a affirmé ne pas souhaiter «mettre à bas le régime syrien». Autre signe de réchauffement relatif avec la Syrie: le Hezbollah, allié de Damas, avait été invité à la Celle-Saint-Cloud mi-juillet lors d'une réunion interlibanaise. La France suit la diplomatie américaine qui, elle aussi, mise sur un dégel avec la Syrie depuis plusieurs mois. Le besoin de stabiliser la situation en Irak, où la Syrie est influente, et la montée de tension avec l'Iran obligent Washington à composer avec Damas.