Végétaliens vs végétariens: quel est le meilleur régime pour l'environnement?

DECRYPTAGE Manger un peu de viande peut en fait aider à...

Brendam I. Koerner. Traduction 20 Minutes

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Un panier de légumes bio.
Un panier de légumes bio. — DR
Végétarien depuis longtemps, j’ai toujours été persuadé que mon régime alimentaire était meilleur pour la planète que votre régime de carnivore classique. Mais un de mes copains végétaliens me dit que je pourrais faire bien plus, en me passant de tous les produits d’origine animale – finis les œufs, le lait, et même le bol occasionnel de mac and cheese (macaronis au fromage)… Etre végétalien, c’est vraiment mieux pour l’environnement?

Il n’y a pas beaucoup de données disponibles sur les conséquences du végétalisme pour l’environnement: peu d’Américains ont en effet suivi l’exemple d’Alicia Silverstone et ont renoncé à l’ensemble des produits animaux. Environ 2 à 5% des mangeurs du pays se disent végétariens. Parmi eux, 5% peut-être sont strictement végétaliens. C’est pourquoi la plupart des recherches sur les régimes sans viande se sont concentrées sur les végétariens qui consomment des œufs et du lait, car ce sont eux les plus nombreux.

Selon une étude publiée par l’Université de Chicago en 2005, un végétarien qui consomme du lait et des œufs émet beaucoup moins de gaz à effet de serre qu’un compatriote standard – un Américain avec une alimentation riche en viande. La différence : l’équivalent à peu près de 1,5 tonnes de dioxyde de carbone par an, pour le même apport calorifique journalier. Selon les auteurs de l’étude, devenir végétarien a le même impact sur les émissions de dioxyde de carbone que changer sa Chevrolet Suburban pour une Toyota Camry. C’est surtout parce qu’il faut moins d’énergie fossile pour produire une calorie de céréales que pour produire une calorie de bœuf: les céréales sont pratiquement 12 fois plus efficaces à cet égard. Les troupeaux sont également d’importantes sources de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement nocif. On estime que les bovins sont responsables d’environ trois fois les émissions de méthane de l’industrie du charbon américaine.

Les végétariens qui consomment lait et œufs puisent toutefois toujours à peu près 14% de leurs calories des produits animaux. Rapportez ce chiffre à zéro, comme le font les végétaliens, et vous aurez certainement diminué vos émissions de carbone de quelques centaines de kilos supplémentaires chaque année. «Si vous prenez comme critère les émissions de gaz à effet de serre, le végétalisme l’emporte haut la main sur le végétarisme», explique Gidon Eshel, co-auteur de l’étude de l’Université de Chicago. «Aucun doute: c’est clair et sans équivoque».

Mais Eshel s’empresse d’ajouter, et je suis entièrement d’accord, que votre ami végétalien n’est pas forcément un saint pour l’environnement. Parce que les émissions de dioxyde de carbone directes ne représentent qu’une partie de l’éco-impact de la nourriture. Il faut aussi considérer la question de l’utilisation des sols – notamment combien et quel type de terrain il faut pour l’agriculture. Dans une région au sol pauvre par exemple, il peut être préférable de produire des œufs plutôt que d’essayer de planter des légumes qui ne peuvent pas pousser dans ces conditions. Et les animaux sont pratiques parce qu’ils mangent des céréales de mauvaise qualité qui ne sont pas forcément adaptées aux humains. Plutôt que de les gaspiller, ces céréales aident à fabriquer des produits laitiers riches. En fait, une étude récente de l’Université Cornell conclut que manger un petit peu de viande peut s’avérer meilleur pour l’environnement que le végétalisme, puisque les troupeaux peuvent brouter sur de la terre pauvre, qui ne convient pas à la culture. Et tirer plus de calories de la terre revient à importer moins de nourriture d’ailleurs, et donc à réduire les dépenses en énergies fossiles.

Une bonne nouvelle pour moi qui suis un gros mangeur de viand
e – je pleure rien qu’à l’idée d’une vie sans cheeseburgers au bacon et currys de cabri. Mais il fait être prudent vis-à-vis de l’étude de Cornell. D’abord, les calculs supposent que toute la viande est élevée localement, plutôt que congelée et transportée en camion à travers le pays. Ensuite, pour optimiser l’utilisation des sols, l’étude recommande aux résidents de l’état de New York (à l’époque de ces recherches) de ne pas consommer plus de deux onces (57 grammes) d’œufs et de viande cuisinés par jour : c’est 3,8 onces (108 grammes) de moins que la moyenne nationale.

Bien que j’admire le courage ascétique des végétariens et végétaliens, il est tout à fait irréaliste de penser qu’une majorité d’adultes américains puissent se priver de steak pour l’intérêt de la planète. Mais d’un autre côté, l’agriculture est responsable de 17 à 20% de la consommation d’énergie du monde. Au lieu de harceler les gens pour qu’ils se mettent au végétarisme – ce qui a le don d’énerver les Américains – il faudrait peut-être commencer par pousser les consommateurs à faire plus attention à la quantité exacte d’énergie que nécessitent la production et le transport d’un Cheesesteak extra-long bacon et cheddar. Et ce serait pas mal si les gens pigeaient que la viande n’a pas forcément à être au coeur de tous les repas.

Un défi de taille pourtant: la consommation de viande par personne aux Etats-Unis a augmenté de 40% entre 1961 et 2002. Il faut espérer que les Chinois ne deviennent pas aussi gloutons que nous. Mais de ce côté les nouvelles ne sont pas très encourageantes: la consommation de viande en Chine a déjà doublé durant la dernière décennie.

Posté le mardi 23 octobre