Trump joue l'apaisement au Mexique, puis dégaine son arsenal anti-immigration

MONDE Reçu par le président Nieto, mercredi, le candidat républicain a arrondi les angles, avant de tenir un discours beaucoup moins modéré une fois rentré aux Etats-Unis...

Philippe Berry

— 

Le président mexicain, Enrique Pena Nieto, a reçu Donald Trump à Mexico City, le 31 août 2016.
Le président mexicain, Enrique Pena Nieto, a reçu Donald Trump à Mexico City, le 31 août 2016. — D. Lopez-Mills/AP/SIPA

La visite a surpris beaucoup de monde. Il y a un peu plus d’un an, Donald Trump s’était mis tous les latinos à dos en réduisant les immigrés mexicains à des « criminels et des violeurs ». Dans la foulée, le président mexicain l’avait comparé à Hitler et Mussolini et juré que son pays ne paierait « jamais » pour le mur souhaité par le candidat républicain. Mais mercredi, les deux hommes se sont entretenus à Mexico City. Devant les caméras, Trump a obtenu ce qu’il était venu chercher : une légitimité et un moment présidentiel. Avant d’adopter un ton beaucoup plus virulent, une fois repassé la frontière dans l’autre sens.

Au Mexique, la déclaration commune après la rencontre a été sobre, sans insulte, et les deux hommes ont fait part de « discussions constructives ». Jouant l’apaisement, Donald Trump a adopté un ton policé, vantant les qualités de l'« incroyable » peuple mexicain. Nieto, lui, a joué la carte de la réconciliation, estimant que le candidat républicain avait parfois été « mal compris ».

Le mur de la discorde

La polémique est survenue après la rencontre. Alors que Donald Trump affirmait un peu plus tôt avoir abordé la question du mur « mais pas du coût », qu’il veut faire porter au Mexique, Nieto a répliqué sur Twitter : « Au début de notre conversation, j’ai été clair avec Mr Trump : Le Mexique ne paiera pas pour le mur. »

Quelques heures plus tard, réponse cinglante du milliardaire lors d’un grand meeting consacré à l’immigration clandestine à Phoenix, dans l’Arizona : « Le Mexique paiera pour le mur, croyez-moi, à 100 %. Ils ne le savent pas encore, mais ils paieront pour le mur », a-t-il lancé. Pendant une heure et quart, Donald Trump a dénoncé le coût et le danger de l’immigration clandestine, à grand renfort d’anecdotes sur des affaires de meurtres perpétrés par des clandestins.

Expulser « dès la première heure » deux millions de clandestins « criminels »

Outre sa mesure-phare du mur, le candidat républicain a clarifié une question lancinante et affirmé qu’il n’y aurait aucun espoir de régularisation pour les quelque 11 millions de clandestins présents aux Etats-Unis. « Nous allons briser le cycle des amnisties et de l’immigration clandestine », a-t-il déclaré. « Notre message au monde sera : vous ne pourrez pas obtenir de statut légal ou devenir citoyen des Etats-Unis en entrant illégalement dans notre pays ».

Il commencera par expulser, « dès la première heure », au moins deux millions de clandestins « criminels ». Il annulera immédiatement les décrets de régularisation temporaire signés par Barack Obama, et ordonnera l’expulsion immédiate de tout sans-papiers appréhendé pour des délits. Quand aux clandestins installés ici depuis des années et sans casier judiciaire, « ils auront un moyen et un seul : retourner chez eux et faire une demande de ré-entrée, selon les règles du nouveau système d’immigration que je viens de décrire ».

Les saillies du milliardaire ont réjoui à la droite de la droite. L’activiste Ann Coulter a ainsi estimé qu’il s’agissait du « plus beau discours jamais prononcé ». « L’Amérique vaut mieux que la véhémence de Donald Trump contre les immigrés », a pour sa part jugé le directeur du National Immigration Forum et militant d’une réforme migratoire Ali Noorani. Quant à Hillary Clinton, elle a conclu sur Twitter : « Il n’y a pas d’autre Donald Trump. Il n’a pas changé ».