Donald Trump et l’immigration, c’est le grand flou

ETATS-UNIS Pendant des mois, il a promis de renvoyer chez eux les 11 millions d’immigrants illégaux qui vivent aux Etats-Unis, aujourd'hui on ne sait plus très bien ce que compte réellement faire Donald Trump...

P.F.
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Donald Trump lors d'un meeting dans le New Hampshire le 25 août 2016.
Donald Trump lors d'un meeting dans le New Hampshire le 25 août 2016. — Gerald Herbert/AP/SIPA

Ce n’est plus un secret,Donald Trump s’est fait une spécialité des déclarations à l’emporte-pièce. Mais s’il y a bien un sujet sur lequel il semblait rester droit dans ses bottes c’est l’immigration. Ces 15 derniers mois, le candidat républicain à l’élection présidentielle n’a cessé de répéter que s’il était élu, il renverrait chez eux les 11 millions de sans-papiers qui vivent aux Etats-Unis et qu’il utiliserait la force s’il le faut.

Enfin ça, c’était avant. Mardi 23 août, Donald Trump a jeté un froid chez les conservateurs en déclarant que certains immigrés illégaux pourraient rester aux Etats-Unis s’ils payaient leurs arriérés d’impôts. Une proposition très proche de celle de Jeb Bush et Marco Rubio, candidats à la primaire républicaine, que Trump avait à l’époque fustigés pour leur laxisme sur les questions d’immigration. Jeb Bush a d’ailleurs réagi à cette proposition en déclarant : « peu importe la position de Donald Trump le matin, car elle était différente la veille et pourra changer dans l’après-midi même et être encore différente le lendemain ».

Une manœuvre électoraliste ?

Ce revirement pourrait permettre au milliardaire de séduire une frange indécise d’électeurs en montrant que ses positions concernant les hispaniques et les autres minorités vivants aux Etats-Unis ne sont pas aussi impitoyables que ce que ses précédentes déclarations laissaient entendre.



Mais ce qui peut séduire de nouveaux électeurs est loin de faire l’unanimité chez les supporters de la première heure. L’ultra-droite conservatrice a très mal accueilli la proposition. Trump a donc réaffirmé jeudi lors d’un meeting que le mur à la frontière avec le Mexique serait construit à « 100 % », avant de déclarer dans une interview à CNN que loin d’un assouplissement, il envisageait un « durcissement » de son projet de réforme en obligeant les clandestins à quitter le territoire pour ensuite revenir légalement et espérer une régularisation.

Trump face à un mur d’approximations

Des retournements de vestes qui soulignent le manque de clarté du projet du candidat républicain au sujet de l’immigration. Un flou dont le mur que Trump souhaite construire à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique est le parfait exemple. Après avoir chiffré le coût de l’ouvrage à 4 milliards de dollars, le candidat a parlé de « 6 ou 7 », « probablement 8 » « 10, peut-être 12 », se stabilisant enfin à « environ 10 » milliards de dollars avant de décider de diviser sa longueur par deux arguant que le relief était un obstacle naturel suffisant.

De nombreux architectes et ingénieurs ont toutefois estimé ce budget intenable. Un mur de 12 mètres de haut s’enfonçant à 3 mètres dans le sol, couterait au moins 26 milliards de dollars selon Todd Sternfeld, un expert cité par le New York Times. L’utilité même de ce mur est remise en cause par une étude de 2006 du Pew Hispanic Center qui a conclu que près de la moitié des immigrés illégaux aux Etats-Unis passaient par un point d’entrée classique avant de laisser expirer leur visa.

Une clarification attendue mercredi prochain

Hillary Clinton n’a en tout pas tardé à réagir aux pirouettes de son adversaire. Interviewée sur CNN, la candidate démocrate à l’élection présidentielle a souligné qu’il s’agissait de « la troisième position de Trump sur l’immigration », ce qui démontre selon elle « qu’il désespère de retomber sur ses pieds après la campagne dévastatrice qu’il a mené ».

L’entourage de Donald Trump a quant à lui annoncé que le candidat républicain exposerait de façon précise son projet en matière d’immigration mercredi 31 août lors d’un discours prévu à Phoenix en Arizona.